Le GM 35 en Indochine (1953-1955) – Partie 3


Mortier 4"2.

Après “Castor”, du 28 décembre 1953 à la fin juillet 1954

Il y a Dien Bien Phu, mais sur les autres fronts le vietminh ne reste pas inactif et sur le Laos pèse une menace forte d’une division renforcée. Le général Navarre rameute des forces par les airs.

Le 27 décembre, le GM 35 est enlevé de Dien Bien Phu en urgence en vue d’intervenir à Seno au Laos. Il se pose à 16 H 10 à Hanoï. Les batteries rejoignent la base arrière de Ha Duong, y restent trois heures pour changer de paquetage, recompléter en hommes et en matériels avant de partir à 20h00 vers Haiphong par la route pour rejoindre la Base Opérationnelle du Tonkin où ils sont accueillis à minuit. Un état-major et les 1ère et 2e Batteries avec chacune 4 pièces de 75 SR composent le Groupe pour l’intervention.

Le 28 à partir de 07h45, il est aérotransporté à Seno au Laos, dans le cadre du GAP/1 avec le 6e BPC et le II/1er RCP, il est au complet à 15h00. La base va se transformer en camp retranché. Les batteries s’installeront sur différents centres de résistance. Les premiers jours seront calmes et consacrés à l’organisation du terrain et la mise en place de tirs d’arrêt. Les DLO partent avec les 6e BPC et II/1er RCP pour rechercher les avant-gardes viets. Ces deux DLO seront relevés le 8 pour un prochain départ du groupe vers Saïgon pour une autre mission qui se profile.

À partir des 5 et 6 janvier, de violents accrochages ont lieu au nord-est avec le 6e BPC (DLO LTN Leduc) dans le secteur de Ban Hin Siu et avec le II/1er RCP (DLO SLT Paugam) dans le secteur de Ban Makemay.

Le 7, le 3e BPVN (DLO LTN Henrion) rejoint le 6e BPC. Pour l’opération, le médecin-lieutenant Cheneau du GM 35 est détaché au 3e BPVN.

Le 9, de très violents combats ont lieu à Ban Hin Siu. Le médecin-lieutenant Cheneau est porté disparu, l’adjudant Lecat et le brigadier Courcelle du DLO sont blessés sérieusement. En fait, le médecin est très grièvement blessé par balle au genou et prisonnier des Viets. Il sera libéré en septembre et ne retrouvera jamais l’usage complet d’une de ses jambes. Il deviendra néanmoins un éminent spécialiste orthopédique mondialement connu.

Après ces violents combats, la menace s’estompe et déjà les unités parachutistes partent vers de nouveaux horizons.

Le GM 35 aura eu une mission défensive au profit des centres de résistance autour de l’aéroport. Seul les DLO et le médecin auront été confrontés à de violents combats.

Le 12, le GM 35 reçoit l’ordre de départ par voie aérienne vers Saïgon qu’il rejoindra le lendemain où il sera au complet à la BAPS (Base aéroportée sud) à 16h00.

Du 16 janvier au 13 mars 1954, ATLANTE (Aréthuse,…)

Le 13 janvier, le GM 35 se pose à Saïgon et les 14 et 15 seront consacrés à la remise en condition et au briefing préparatoire à l’opération Aréthuse, première phase d’Atlante. Le GM 35 fait partie du GAP 3 avec le 2e BEP, le 1er BPVN et la 17e compagnie de génie. Le 15, le lieutenant Leduc est promu capitaine.

Le 16, le Groupe est transporté par voie ferrée sur la « Rafale » de Saïgon vers Nha Trang qu’il rejoint le 17 au soir puis se rend sur la plage pour un bivouac qui durera deux jours. Le 18, le capitaine de Grissac (CDU B3) et le lieutenant Izyquel rejoignent le groupe à Nha Trang comme DLO marine.

Le 19 à 15h00, il embarque, avec le GAP 3, sur le « Foudre » en vue d’effectuer un débarquement à Tuy Hoa, une centaine de kilomètres plus au nord, afin d’y établir une tête de pont.

Le 20, à 07h00, débute le débarquement. Très rapidement, tous les objectifs sont atteints. La progression amie est gênée par les mines et les pièges. Les batteries interviennent et tirent chacune une vingtaine de coups.

Du 20 au 29, les opérations de nettoyage de la tête de pont se poursuivent. Les unités changeront plusieurs fois de positions et tireront plusieurs centaines de coups au profit de toutes les unités y compris des commandos marine. Le 25, le canonnier Tran Van Thin de la 3e Batterie sera grièvement blessé par mine.

Le 29, le groupe reprendra des LCM pour rejoindre une zone où il trouvera des camions qui le mèneront, avec le 2e BEP, vers Pleiku-Kontum, sur les Hauts Plateaux situés à 200 kilomètres au nord-ouest de Tuy Hoa où la situation se dégrade. Il rejoindra Pleiku le 31 janvier après avoir subi quelques tirs de grenades sans gravité ni perte. Il s’installera en position défensive à la mi-journée à la sortie Est de Pleiku.

Tout au long du mois de février, les batteries effectueront des raids sur les hauts plateaux en accompagnement du 2e BEP ou du 1er BPVN vers le nord ou vers l’est en direction d’Anké. Les unités consolident leurs positions et celles du secteur, appuient les bataillons et entament l’instruction sur mortier de 81 et 105 HM 2, ces deux moyens étant plus adaptés aux configurations du terrain dans la région. Les batteries s’entraînent au tir mortier de 81 et sur le 75 SR.

Début mars, l’instruction continue mais le 12 mars, le Groupe est visité par le colonel Sauvagnac, commandant les TAP. Le même jour, il reçoit l’ordre de rejoindre le GAP 3 au col de Mang Yang sur la RC 19. Pendant le déplacement du lendemain, il sera protégé par des blindés.

À peine arrivé et déjà en cours d’installation, il reçoit, à 11h00, l’ordre de rejoindre Pleiku sans délai. A son arrivée, le chef d’escadron Millot apprend que le groupe doit rejoindre Hanoi de toute urgence via Tourane (200 Km au nord-est de Pleiku), où des avions civils l’attendent, puis Haiphong. Les déplacements Pleiku-Tourane et Haiphong-Hanoi se feront en Dakota. Un deuxième message lui prescrit d’embarquer en priorité les personnels sachant servir le 105 HM2. L’attaque de Dien Bien Phu vient de commencer. Les deniers éléments rejoindront la Base Arrière de Ha Duong le 16 mars à 15h00.


Pour résumer ces quatre mois le capitaine Leduc s’adressera à la 1ère Batterie en ces termes :
« La batterie se trouve regroupée après quatre mois d’opération. Un seul d’entre-nous manque à l’appel : le canonnier Nguyen Van Thai, tombé au champ d’honneur le 20 novembre à Dien Bien Phu.
Je vous demande de le saluer.
Je tiens à exprimer à tous ma satisfaction pour la façon d’ensemble dont vous vous êtes comportés. En quatre mois d’opérations : parachutés, aérotransportés, par voie de fer et de mer, auto transportés, vous avez bouclé votre tour d’Indochine, manipulé des tonnes de munitions, de matériels, de barbelés, et souvent travaillé pour les autres.
Vous avez pu parfois vous demander ce que vous veniez faire. Vous vous êtes questionnés et interrogés et cela n’a pas été sans heurts. Certains ont eu des actions et des réactions qu’il convient d’éviter à l’avenir.
Je dois vous dire que votre présence, parfois passive, n’a jamais été inutile. À Dien Bien Phu, pendant huit jours, vous avez été les seuls éléments de feu, à Tuy Hoa et à Pleiku, ce fut la même chose.
Chaque fois les paras et leur artillerie étaient dans le premier «paquet» où cela «presse». Je vous demande d’y réfléchir car la preuve est faite que votre seule présence a calmé bien des inquiétudes et rassuré bien des gens.
Vous allez reprendre le travail d’entraînement et d’instruction, de défense et de nettoyage. Je vous demande d’être « toujours prêts ».
Je remercie également la Base Arrière qui dans un travail obscur et parfois ingrat a tout fait pour améliorer au mieux notre situation.
L’avenir ne saurait nous voir inactifs. Pensez-y.
Que chacun travaille pour donner le maximum au moment voulu qui arrivera sans aucun doute ».


Retour à la Base Arrière de Ha Duong, le 17 mars 1954

Du 18 mars à fin juillet 1954, alerte pour Dien Bien Phu.
La période « DELTA » pour des opérations de secteur.

Entre le 18 mars 1954 et fin juillet, le Groupe reste sur sa base arrière mais n’est pas inactif pour autant. Ses yeux resteront tournés vers Dien Bien Phu qui souffre et il y fournira les renforts déjà cités ci-avant, et d’autres hypothèses d’emploi seront envisagées pour lui. Par exemple, au plus fort de la bataille de Dien Bien Phu, le commandement a même envisagé de larguer une batterie avec ses 75 SR qui aurait tiré jusqu’à épuisement des munitions, puis qui aurait ensuite reçu ses mortiers de 4’’2 pour continuer la mission. Tout a été étudié.

Ha Duong formant « point d’appui », son appui feu est souvent demandé par les postes se trouvant dans la limite d’action de ses tubes. Il fournit aussi une section de deux pièces détachées en permanence au sous-secteur du Canal des Rapides. Le poste de Phu Duc à l’est et celui de Phu Ninh au sud furent très souvent appuyés de nuit. ¾ du personnel étant toujours en alerte pour intervenir. Il participera à de nombreuses opérations de secteur qui ne cesseront pas jusqu’à son départ.

À la mi-mars, dès son retour de Pleiku, le GM 35 perçoit des mortiers de 4 pouces 2 (107 mm) et conserve ses 75 SR. A la fin du mois, les 3 batteries seront donc également équipées de 6 pièces de mortier chacune. L’unité est toujours en alerte opérationnelle pour toutes les zones en Indochine. Elle se consacre à l’instruction, peloton d’élèves gradés, sauts, écoles à feu, entretien, amélioration de la défense, incorporation et mutations, etc.

Fin mars, le 31, seule la 1ère Batterie participera à une opération de secteur de la journée avec 4 pièces de 4’’2 avec quelques tirs de mise en place.

Début avril, le GM 35 fournira les renforts déjà cités à Dien Bien Phu et restera toujours en alerte. Courant avril, les batteries sortiront en opérations autour du poste pour soutenir les troupes du secteur.

Ce sera le cas le 21 avril où la B1 fournira 2 pièces de 4’’2 à la B3 pour une opération de nettoyage sur la RC1 à 15 km au nord-ouest du poste. Le 26 avril, la B1 participe à une opération de secteur, avec 4 mortiers, à une dizaine de kilomètres au sud-est de Ha Duong entre la RC 5 et le canal des Rapides, 267 coups seront tirés.

Courant mai, à Ha Duong la vie continue à l’écoute des nouvelles des camarades mais la menace est toujours présente dans le Delta. L’instruction continue, les exercices s’enchaînent : tirs, sauts de jour et de nuit, écoles à feu et opérations de secteur.

Le 7 mai, arrive le dénouement tragique à Dien Bien Phu, nos hommes y ont combattu dans des conditions terribles et sont morts ou prisonniers du Vietminh.

Après 57 jours d’une bataille acharnée, les Viets investissent toutes les positions, certains livrent un ultime baroud. Il n’y aura pas de drapeau blanc sur Dien-Bien-Phu. Parmi les derniers défenseurs du camp retranché, le maréchal des logis Mathey tombe le 6 mai 1954, assurant jusqu’au bout le service de sa pièce, sous le feu des 105 viets. En 1977, il sera le parrain de la 50e promotion des sous-officiers d’active de l’École d’application de l’artillerie.

Les 5 et 12 mai, la 1ère Batterie participera à deux opérations de secteur au nord et au sud-est de Ha Duong. Plus de 500 coups y seront tirés.

Le 29 mai, c’est le GM 35, à 2 batteries (B1 et B2), qui sera engagé à une dizaine de kilomètres au nord de Ha Duong pour la journée.

Les nouvelles de l’après Dien Bien Phu arrivent au compte gouttes. Les blessés très grièvement atteints sont rendus et rejoignent l’hôpital Lanessan d’Hanoï. Ce sera le cas de deux hommes de la B2 et un de la B3. Ils pourront donner quelques nouvelles sur l’état de vie ou non de certains de leurs camarades.

En juin, les opérations continuent, du 5 au 8, participation par moitié de toutes les batteries pour une opération avec le secteur en appui du 1er BPVN dans la région de Ha Dong une dizaine de kilomètres au sud-ouest de Hanoï en direction de Hoa Binh. Plus de 500 coups seront tirés au profit du 1er BPVN.

Deux autres petites opérations auront lieu autour de Ha Duong les 14 et 19 juin.

Le 20 juin, le Groupe apprend que le brigadier Charrier a réussi à s’évader et qu’il sera présenté au colonel Sauvagnac, patron des TAP, dès le lendemain. Aussitôt, le chef d’escadron Millot apprend que le maréchal des logis Delobel et le canonnier Nallet étaient avec lui. Le maréchal des logis Delobel sera retrouvé quelques jours plus tard grâce à l’opiniâtreté de Charrier. Nallet a, lui aussi, réussi la fin de l’aventure et ne sera retrouvé que beaucoup plus tard. Ces trois hommes sont la fierté du Groupe aujourd’hui encore.


MAI 1954 : évasions de Dien Bien Phu du MDL DELOBEL, du BRI CHARRIER et du Cst NALLET

Major Delobel – AP Nallet.

Dans la même équipe, faits prisonniers le 7 mai 1954, ces trois combattants du G. M. 35e RALP décident de s’évader à la première occasion.

Du 7 au 10 mai, ils sont mis en route sur la RP 41. Le troisième jour, un commissaire politique réunit une quarantaine d’artilleurs pour récupérer, à DBP, des appareils de pointage et des munitions qui auraient été dissimulés.

Après trois autres jours de marche, ils reviennent au PA central où ils sont présentés à un officier supérieur vietminh qui leur explique la mission. Le 14 mai, ils profitent de l’occasion pour récupérer des restes de boites de rations et un morceau de carte et ne retrouvent qu’un appareil de pointage cassé… Furieux devant les résultats, le commissaire politique les renvoie pour rejoindre la colonne à marche forcée.

Le 15 mai, à la première halte, vers 01h00 du matin, ils réussissent à se glisser entre deux sentinelles après deux tentatives infructueuses. Il faut alors ramper, courir, traverser des positions ennemies dont une d’artillerie endormie, marcher dans les ruisseaux pour brouiller les traces, se diriger avec une montre et le soleil. Ils suivent la Nam Youm sur un kilomètre, l’ennemi est partout, et ils décident de s’arrêter jusqu’au lever du jour.

Ils reprennent le déplacement, traversent la piste Pavie à hauteur d’Anne-Marie et voient juste à temps une compagnie viet qui se déplace à quelques mètres d’eux.

Ils progressent vers l’ouest au ras du sol, à travers des forêts de bambous et, le 20 mai, ils tombent sur une patrouille de trois Viets qui les « rafalent » et les poursuivent pendant plus d’une demi-journée, ce qui entame leurs forces et les oblige à négliger quelque peu la topographie. Il était temps car ils n’en pouvaient plus.

Vers le 27 mai, après la traversée d’une forêt de bambous à «quatre pattes», un peu perdus, ils décident de monter sur un piton et réalisent avec stupeur qu’ils sont revenus aux abords de la cuvette. La décision de suivre les lignes de crête est alors prise.

Mais le 28, les vivres sont épuisés ; il faut se rabattre sur quelques fruits et racines que l’un d’entre eux goûte. Si celui-ci n’est pas malade, les deux autres en mangent.

Vers le 30 mai, ils vivent une grande joie en « tombant » sur trois gars du 6e BPC de Bigeard : les sergents Sentenac, Rilhac et Skrodzki. La décision est vite prise d’unir leurs efforts et de continuer ensemble.

Mais la progression est lente car Charrier a les pieds en sang et Delobel est malade. Après un peu de repos, décision est prise de laisser partir Nallet avec le groupe de Sentenac dont la mission est de les faire récupérer dès que possible. Vient donc le temps de la séparation.

Vers le 2 juin, Delobel et Charrier prennent contact avec une vieille « Meo » qui les soigne et les nourrit pendant quelques jours. Après avoir repris quelques forces, aidés et guidés par quelques locaux, ils se déplaceront de village en village, redoutant sans cesse de tomber sur l’ennemi.

Vers le 9 juin, ils atteignent le village de Sempo, dans une boucle de la rivière Nam Bhan à 40 kilomètres de Dien Bien Phu, dont le chef est pro-français et décide de les héberger et de les cacher. Heureusement, car Delobel est épuisé et malade (36 kg) et n’a plus la force d’avancer.

D’après le chef du village, le premier poste français se trouve approximativement à 9 jours de marche. Charrier est maintenant relativement en forme. Après discussion, le maréchal des logis Delobel le décide à continuer seul pour rejoindre un poste français afin de lui envoyer des secours. Il faudra encore quinze jours de difficultés, de privations et de courage à Charrier pour traverser un territoire patrouillé sans cesse par les Viets et franchir la Namou pour rejoindre enfin le poste français de Muong Sai au Laos avant d’être rapatrié sur l’hôpital de Hanoï.

Du 10 au 18 juin, Delobel, quant à lui, n’arrive plus à se nourrir et se vide mais il s’accroche à la vie, aidé par tout le village. Les remèdes des vieilles femmes n’ont pas d’effet, le chef du village lui fait fumer une pipe d’opium pour soulager ses souffrances et lui permettre de dormir quelques heures…

Le 19 juin, c’est la grande peur, le chef du village le camoufle sous des peaux et lui demande de ne plus bouger car une patrouille de 5 Viets s’approche. Les Viets se font remettre la dîme et disparaissent peu après.

Du 19 au 21 c’est le temps des questions pour Delobel sur le sort de Charrier et de Nallet dont il est dépendant pour sa récupération.

Le temps passe doucement quand, le 21, un bruit d’avion survolant la région à moyenne altitude attire l’attention de tous au village. Très rapidement, Delobel demande au chef du village de faire disposer un « T » pour baliser une zone de largage. Le Dakota les aperçoit et largue quelques colis qui sont rapidement récupérés par les méos. Dans l’un d’eux, il y a un message de Charrier qui l’encourage à l’espoir et lui promet de revenir bientôt le chercher. Que la nuit fût longue et pleine d’angoisse pour Delobel ; les Viets ont-ils vu les évolutions de l’avion, pourront-ils venir le chercher avec un hélicoptère, etc ?

Le 22 juin à l’aube, Delobel est en place devant sa hutte alors que le chef du village a disposé des guetteurs dans toutes les directions. L’angoisse le reprend de plus belle dans l’attente jusqu’en fin de matinée quand un point grossit à vue d’oeil jusqu’à la vue d’un hélicoptère. L’émotion est la plus forte et c’est en larmes qu’il monte dans l’appareil en pensant à ces gens simples qui lui ont tout donné, l’hospitalité, l’amitié et certainement le droit de vivre. A bord, la joie est intense en retrouvant le brave copain Charrier et son commandant de batterie, le capitaine Mariani, de même que l’adjudant-chef Royet et l’adjudant Flandrin pilote et mécanicien.

Le 23 juin, après une nuit à Louang Prabang au Laos, il est transféré à l’hôpital Lanessan à Hanoï. Il pèse 36 Kg. Après sa remise sur pied, il refuse de rentrer en Métropole et rejoint le GM 35 en zone sud à Saïgon jusqu’en juillet 1955.

Le brigadier Charrier, après sa récupération et son évacuation vers l’hôpital, n’a eu de cesse de persuader rapidement ses chefs pour tenir sa parole à Delobel de venir le rechercher dès que possible. C’est sous assistance médicale qu’il était dans le Dakota pour repérer le village et par la suite la récupération en hélicoptère.

Là encore le courage, la camaraderie, la parole donnée, en bref, l’esprit parachutiste habitent aussi le brigadier Charrier. Quant à Nallet, il a suivi le groupe des sous-officiers du 6e BPC et a aussi réussi à rejoindre les lignes françaises au Laos dans un état d’épuisement total. Evacué sur Hanoï puis sur le sud, il a repris vie sur le bateau lors de son rapatriement vers la France avant son retour dans ses foyers.

Tous trois ont fait preuve d’une volonté sans faille, dès la prise de décision d’évasion, pour parvenir au but fixé. La chance, que n’ont pas eu beaucoup d’autres, était de leur côté, mais ne dit-on pas qu’elle sourit aux audacieux.

ILS ONT REUSSI !


Le 23 juin, le GM 35 apprend qu’il doit quitter Ha Duong le lendemain pour se diriger vers Haïphong en attendant son transfert vers le sud et Saïgon. Il charge ses camions.

Le 24, il se déplace par la RC5 vers le secteur de Kien Nan à 15 kilomètres au sud de Haïphong et cantonne un mois dans la nature…

Le 30 juin, le Groupe est doté de 105 HM2 et reverse ses mortiers de 4’’2 tout en conservant ses 75 SR. Le début de juillet est consacré à l’installation à Kien Nan, à l’instruction sur 105 HM2 et à l’instruction des cadres.

13 au 18 juillet, l’EM, les 1ère et 2e Batteries et un détachement de la 3e Batterie seront engagés, avec les 105 HM2, dans la région de Sontay, ville située à 35 kilomètres au nord-ouest de Hanoï. Ce sera sa dernière intervention au Tonkin. Plus de 1000 coups y seront tirés.

Région Sontay avec 105 HM2 – juillet 1954.

Le 23 juillet, un premier détachement de 50 hommes et 26 véhicules, aux ordres du sous-lieutenant Paugam, embarque sur le cargo Tran Ninh qui quittera Haiphong le 24.

Le 25, a lieu l’embarquement du matériel sur le LST l’Odet et le 26, c’est le personnel et les familles des autochtones qui s’entasseront sur l’Odet qui quittera Haiphong à 13h00 en direction de Saigon. Un détachement de 8 hommes et de quelques matériels resteront sur le quai faute de place. Ils embarqueront le soir même sur le cargo Abbeville qui rejoindra l’Odet.

Le 30 juillet, à 18h00, le GM 35 débarque au Sud-Vietnam à Saïgon et rejoint la BAPS à l’aéroport de Tan Son Hut. Son périple d’intervention en Indochine se termine.

L’on parle peu de la 3e Batterie durant cette période d’activités opérationnelles d’une rare intensité. Elle ne prit pas part aux incessantes opérations mais resta en base arrière dont il fallait assurer la protection-défense et aussi appuyer toutes les unités de secteur autour de Ha Dong et de Hanoi. D’autre part elle avait la lourde mission d’instruire les vietnamiens affectés à l’unité et de fournir des renforts en personnels aux deux autres batteries et aussi à la garnison de Dien Bien Phu.

Ordre de bataille du GM 35 au 30 septembre 1954

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Du 1er août 1954 à juillet 1955

Pendant près d’un an, d’août 1954 à fin juillet 1955, le Groupe est toujours unité d’intervention au profit de la zone Sud. Deux sections de 75 SR sur Dodge seront détachées en permanence sur la zone des hauts plateaux.

La guerre étant finie, le Groupe va faire de l’instruction – préparation aux différents brevets d’arme, pelotons et autres – des sauts et des exercices aéroportés avec largage de matériels, des écoles à feu et des découvertes… C’est ainsi qu’il trouvera, par hasard, dans un parc du matériel, les conteneurs prévus pour le largage des 75 SR qui lui avaient tant fait défaut pour le saut sur DBP. Mais ces péripéties ou ces incompétences externes ne l’empêchent jamais d’être fidèle à sa devise : «DROIT DEVANT». Il se distinguera aussi dans les tournois sportifs.

Comme chacun, il eut peine à se séparer des Vietnamiens dont 157 furent transférés à l’armée vietnamienne et 35, non volontaires pour cette armée, qui seront transférés à la BAPS.

Dans le cadre de la déflation des effectifs en Extrême-Orient pour renforcer l’Afrique du Nord, le GM 35 doit être prêt à embarquer pour le 25 juin 1955 en laissant une section de 75 SR de 4 pièces qui sera affectée à la BAPS. Cette section, commandée par le lieutenant Barbaras, comprendra 4 officiers, 13 sous-officiers et 45 artilleurs paras dont 14 autochtones.

Il embarqua pour Alger qu’il atteint le 1er août 1955. Le GM 35 rejoint Jemmapes et deviendra un peu plus tard le 20e GAP, régiment d’appui de la 10e DP avec qui il participera à l’opération de Suez.

Voilà cette épopée de près de deux ans de séjour en Indochine dont neuf mois de combats intensifs et un mois dans l’enfer de Dien Bien Phu. Vingt des nôtres et autant de Vietnamiens y ont laissé leur vie, la plupart à Dien Bien Phu ou en captivité. Tous ont porté haut les couleurs et l’honneur du Régiment.

Ordre de bataille du GM 35 au 30 juin 1955

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

État des personnels du GM 35, tués, disparus, blessés ou prisonniers

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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