Le GM 35 en Indochine (1953-1955) – Partie 1


La situation en Indochine à l’été 1953

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France a repris pied en Indochine. Depuis déjà 7 ans, la guerre y va crescendo. Elle a débuté à Bac Ninh par une embuscade Viet Minh, à la suite de l’échec des négociations entre le dirigeant communiste Ho Chi Minh et le gouvernement français. Les troupes, commandées initialement par le Général Leclerc, ont réoccupé le pays, alors aux mains des Japonais. Les parachutistes de la 25e Division ont été engagés dès le début. Leur première opération aéroportée (OAP) s’est déroulée à Luang Prabang au Laos en septembre 1946. Elle ouvrira la voie aux 150 largages opérationnels de cette guerre. D’ailleurs le parachutiste, « souple, félin et manœuvrier », se révèle être le combattant idéal pour cette guérilla. Il sait surprendre un ennemi insaisissable et durer malgré l’adversité.

Dès 1950 le Viet Minh tient solidement la frontière chinoise, aidé par son puissant voisin. Il commence à posséder un solide corps de bataille dans cette région frontalière mais il tient aussi des zones importantes dans toutes les provinces indochinoises, de la frontière chinoise au sud de la Cochinchine, avec des unités régionales plus ou moins puissantes et agressives face au corps de bataille français et aux troupes vietnamiennes qui commencent à s’étoffer sous l’impulsion du Général de Lattre en 1951.

Le Viet Minh envisage, à partir de 1952, de s’emparer du Laos pour contrôler, entre autre, l’important trafic de l’opium et trouver un axe de contournement pour descendre vers les provinces du sud pour renforcer et ravitailler ses troupes régionales. L’opération « Lorraine » en novembre 1952 dans la région de Phu Doan permet de contrecarrer cette offensive. Le 17 juillet de la même année, aux ordres du Général Gilles, chef des paras, l’opération « Hirondelle », destinée à désorganiser les ravitaillements de l’ennemi dans la région de Lang Son, fut un succès.

Ces deux grandes opérations, conjuguées avec «l’offensive de Lattre» dans le delta de la rivière Rouge, se révélèrent être efficaces et permirent de fixer le Viet Minh. Aussi, l’idée de tendre un piège à l’aide de nos troupes aéroportées germa-t-elle dans l’esprit des chefs militaires.

Il s’agissait d’établir sur les arrières de l’ennemi, sur l’axe de ses communications, une base qu’il devrait attaquer pour pouvoir survivre et se ravitailler. Agissant alors à découvert, il serait détruit par la puissance de feu supérieure de nos troupes. Ses renforts seraient attaqués par l’aviation, tandis que l’artillerie rejetterait les offensives menées contre cette base. On avait bien sûr oublié que le viet savait se camoufler, amener discrètement ses renforts et, surtout, qu’il était capable de faire progresser son artillerie dans les terrains jugés impraticables (comme l’étaient les Ardennes pour les chars allemands en 1940… L’histoire se renouvellerait-elle ? Ou bien aurions-nous la mémoire courte ? Cette idée aurait été séduisante si l’ennemi avait eu l’amabilité de jouer comme nous le souhaitions et avec les «billes» que nous lui prêtions. Manque de chance, il a voulu jouer son propre jeu avec ses propres « billes », peut-on lui en vouloir ? C’est d’ailleurs la règle de la guerre…

Les bataillons parachutistes, de plus en plus nombreux, voire les groupements parachutistes, jouent sans cesse les « pompiers » dans toute l’Indochine. La nécessité d’appuis «feux» propres aux aéroportés pour certaines phases d’opérations amène le commandement des aéroportés à réfléchir sur la nécessité de mettre sur pied des moyens d’artillerie légère parachutiste aptes à suivre et appuyer les bataillons.

La mise sur pied des premières sections de 75 SR

Le lieutenant Faulle, un des premiers DLO parachutistes, raconte sa première expérience de largage de matériels en Indochine : « En 1949, à proximité de la frontière de Chine au nord-ouest de Lang Son, j’ai largué et accompagné une pièce de 75 avec munitions pour soutenir un poste en difficulté. De bric et de broc, il a fallu se débrouiller pour conditionner le matériel et les munitions. J’étais le chef de pièce, mon pointeur était un adjudant-chef breveté para et les trois servants n’avaient jamais sauté en parachute. Tout s’est très bien passé ». C’est un précurseur dans le domaine en Indochine.

Dès 1951, sous le commandement du général de Lattre, le rôle de l’artillerie s’est considérablement accru et ce sont les canons des groupes d’artillerie qui bloquent les vagues d’assaut viet comme à Vinh-Yen ou à Mao-Khé. Toutefois, Giap tire les leçons de ses échecs et tente de se soustraire aux effets de l’artillerie française.

De nombreux cadres officiers et sous-officiers du 35 sont désignés pour servir deux ans en Extrême Orient et rejoignent l’Indochine, rarement en EM (Etat-Major), souvent comme DLO (détachement de liaison et d’observation), voire même dans les bataillons parachutistes comme chefs de sections d’appui ou non ou chefs de groupes d’infanterie. Ce fut le cas d’officiers (Ltn Leduc, Grudet, Levy, Huart, Juteau, Blondeau) et de sous-officiers dont une dizaine ont servi au 8e BPC jusqu’à Dien Bien Phu (Bauchet, Dervaux, Dubessay, Locoge, Jousset) et de bien d’autres pour ne citer que les plus connus.

Dans cette optique, la nécessité d’appuis «feux» propres aux aéroportés pour certaines opérations (dégagement de postes) amène le commandement à créer deux sections parachutistes de 75 mm SR au sein d’une compagnie d’appui. Ces deux sections seront commandées par les lieutenants Grudet et Levy et y serviront de jeunes sous-officiers comme les maréchaux des logis Fiolet et Leclercq. Elles dépendront administrativement de la compagnie de garde et d’appui (CGA) de la Base Aéroportée Nord (BAPN). Chaque section comprend un DLO, un groupe de commandement, trois pièces de 75 mm SR et des éléments de protection. Elle compte environ 80 hommes, et son effectif renforcé de coolies autorise le transport de 10 à 15 coups par pièce.

Le lieutenant Grudet est désigné à l’été 1951 pour rejoindre l’Indochine et se trouve affecté au 1er BEP du capitaine Calixte avec deux missions reçues du colonel Ducourneau commandant les TAPN : la première, actionner les feux lors des opérations aéroportées et la seconde, former des légionnaires pour servir le 75 SR dans une section de 3 pièces dès lors que les OAP seront hors de portée des obusiers des forces classiques. Il vivra sa première opération, quatre mois plus tard, fin 1951, en sautant avec le 1er BEP et sa section sur Hoa Binh dans le cadre de l’opération « Tulipe » ; la 2e section sautera également mais avec trois 75 de montagne Schneider.

Les 2 sections à Na San

Le 9 novembre 1952, les deux sections de 75 seront larguées à Phu Doan dans le cadre de l’opération « Lorraine ».

Ces sections participeront aussi à de nombreuses opérations avec mise en place par aérotransport, voie routière, voie maritime, souvent à pied en accompagnement des bataillons et même une fois, à partir de Na San, avec 30 mulets en raison de la longueur des déplacements lors des raids sur Son La, Takhoa, Konoi. C’est à un peu plus d’une dizaine d’opérations que ces sections de 75 SR auront participé entre 1951 et 1953.

La création de la Batterie d’Artillerie Légère Parachutiste (BALP)

En 1953, l’évolution de la situation et la stratégie des camps retranchés initiée par le général Salan, l’expérience acquise, mais aussi l’usure des effectifs entraînent, au mois de juin 1953, la fusion des deux sections et la création fictive d’une batterie à quatre pièces de 75 mm SR. Cette batterie ne fut jamais engagée et, de juillet à août, son rôle se borna à instruire les bataillons parachutistes sur le 75 mm SR et le mortier de 120 mm.

Peu de temps après, une note du général Gilles, commandant les TAP d’Extrême-Orient, créait la Batterie d’artillerie légère parachutiste, unité opérationnelle à 6 pièces de 75 mm SR dépendant de la base Aéroportée Nord et commandée par le lieutenant Leduc.

Alors qu’en France, le 35e RAP met sur pied le GM 35 à 2 batteries de tir, il est envisagé d’y rattacher la BALP et cela la désigne pour rejoindre le village d’Ha Duong situé à une dizaine de kilomètres au nord-nord-est de Hanoï. Elle s’y installe le 6 octobre en vue de préparer l’arrivée du Groupe. À noter que les reconnaissances préliminaires et les compte rendus attiraient l’attention du commandement sur les difficultés qui attendraient ce groupe à son arrivée. Le lieutenant Leduc prend les consignes générales du secteur auprès du bataillon Thaï n°2 et du sous-quartier du Canal des Rapides dont dépend le poste. La batterie se met au travail, dégage les champs de tir et aménage les emplacements de combat. Comme dans tous les postes, la sécurité est basée sur le renseignement et la connaissance des rebelles. Pour cela, la garnison organise des patrouilles de jour et de nuit, des embuscades, et prépare soigneusement ses défenses extérieures en les piégeant, interdit le poste et ses abords aux autochtones civils, contrôle, tant que faire se peut, la population et assure des vacations radio plusieurs fois par jour. Dans la mesure du possible, la Batterie, agissant en unité d’infanterie, participe aux opérations du secteur en bouclage de village, fouilles et autres opérations.

L’entraînement au tir et l’aménagement d’Ha Duong pour l’arrivée du GM 35

À peine installée le 19 octobre 1953, la BALP fournit deux DLO, les lieutenants Huart et Juteau, à l’opération « Mouette » qui se déroule dans la région de Phu-No-Quan. Jusqu’au 7 novembre, ils sont successivement engagés au profit du RTA, de la 2/13e DBLE et du 2/1er RCP. Sur la route des forêts, près des tombeaux royaux, partout, leur action s’avère déterminante lors d’embuscades ou d’attaques viets, en particulier pour le dégagement du BT n°3, lors de l’attaque de la cote 94 ou des raids sur Tong Hao et Phu No Quan pour détruire la logistique de la Division 320.

Le GM 35 a déjà quitté Tarbes et vogue vers l’Indochine qu’il rejoindra dans une quinzaine de jours.

Le groupe de marche du 35e RALP 1953-1955

Situation générale en 1953

En France, les gouvernements ne tiennent pas et se succèdent à un rythme effréné (de 1947 à 1954, 7 commandants en chef et 22 gouvernements). La guerre d’Indochine n’est pas ou peu comprise par les politiques comme par les décideurs militaires, et personne ne veut réellement prendre position sur l’effort de guerre ou sur la décolonisation. C’est une affaire de quelques spécialistes coloniaux et parachutistes. La priorité est à l’Est et les moyens sont donc comptés pour les troupes d’Extrême-Orient.

Les commandants en chef successifs en Indochine n’ont de cesse à demander des renforts pour garantir la situation en l’état, voire de remporter des succès militaires importants afin d’être en position de forces lors de négociations avec Ho Chi Minh pour le désengagement de la France par le haut.

Les chefs militaires ont obtenu quelques renforts en hommes et en moyens et ont dû, comme aujourd’hui, encore faire preuve d’imagination pour tenir le contrat et donc à faire les choix successifs qui ont progressivement amené à tendre un piège aux Vietminh à Dien Bien Phu, pensant que le rapport de force était toujours en notre faveur.

Cependant, il ne faut pas trop céder à la tentation de critiquer à posteriori, ce qui est toujours un exercice facile. D’autant plus qu’en 1953, les quelques décisions prises, quant à l’équipement, à l’organisation et à l’emploi, semblaient enfin être adaptées à la guerre d’Indochine. Le gouvernement avait demandé et obtenu des Etats-Unis de nouveaux avions qui équiperont l’escadron « Sénégal » qui s’installera à Tourane en janvier 1954. Les appuis feux reprenaient leur place. Dans le domaine de l’organisation, les projets étaient spectaculaires, il était temps !

Les Viets avec 125 000 réguliers, 75 000 régionaux, 15 000 guérilleros, mettent sur pied 9 divisions. Ils se battent bien avec la volonté de gagner, ils refusent de s’implanter, ils vivent au milieu de la population, parfois ou souvent en la forçant. Ils connaissent bien le terrain et ont une logistique rustique. Bref, ils sont comme un poisson dans l’eau, sachant admirablement jouer des enseignements de Mao Tsé Toung « stratégie à un contre dix, tactique à dix contre un », qui sont une adaptation de la pensée militaire.

Mais la guerre est un « art tout d’exécution »

Chez nous, le général Navarre, commandant en chef des troupes françaises en Indochine, qui a succédé au général Salan en juin 1953, dispose théoriquement de beaucoup plus de moyens et d’hommes : 175 000 hommes, 55 000 supplétifs, 225 000 soldats des États Associés (Laos – Cambodge – Cochinchine – Tonkin – Annam) plus ou moins sûrs, dont le dixième seulement est opérationnel. Avec tous ces soldats, les forces françaises n’avaient pu mettre sur pied que 3 divisions (3 fois moins que les Viets avec 2 fois plus d’hommes !) comprenant 7 groupes mobiles et 8 bataillons parachutistes. Il est vrai que nos chefs militaires — à part les parachutistes et quelques autres — comprennent mal la guérilla et que nos politiciens à Paris sont peu préoccupés par cette guerre qu’ils ne semblent pas vouloir gagner. Alors, au lieu de quadriller le territoire pour chercher le renseignement avec des équipes mobiles et de s’engager en force pour détruire l’ennemi, on dilue ses forces dans des états-majors et du béton, on crée des dépôts et bases qui détiennent du matériel parfois inutile, on s’enferme la nuit, et on garde des points sensibles. Seules quelques unités « crapahutent » jour et nuit. La liberté d’action, c’est les autres qui l’ont. Les Viets ont réussi par leur stratégie et leur volonté à renverser le rapport de force, qui leur était apparemment défavorable. Conscient de cette faiblesse, le général Navarre veut réorganiser ses forces. Hélas ! Le Viet le prendra de vitesse. Pourtant le plan envisagé aurait dû donner des résultats sur le terrain. De 3 on envisage de passer à 7 divisions dont une aéroportée. Chaque division comprendrait 3 groupes mobiles ou groupes aéroportés pour la Division Parachutiste, avec des éléments organiques divisionnaires comprenant notamment de l’artillerie. L’EDAP (élément divisionnaire aéroporté) devait voir le jour en juillet 1954 (la guerre est alors déjà perdue !) et les 3 GAP, en avril 1954. Deux d’entre eux seront créés pour l’opération « Castor ». Le GM 35 arrive à point dans une structure où le manque d’artillerie se fait cruellement sentir.

À l’été 1953 à Tarbes… La mise sur pied du GM 35

À Tarbes, le régiment poursuit son instruction. Il ne peut être engagé en Indochine car ses hommes sont des appelés, portant le béret bleu. En effet, la loi interdit l’emploi du contingent dans certaines de nos colonies, pourtant il ne manquerait pas de volontaires…

En août 1953, le lieutenant-colonel Bousquet, commandant le 35e RALP à Tarbes, reçoit l’ordre de constituer, dans les plus brefs délais, un Groupe de Marche (GM 35), pour fournir des feux aux parachutistes face à un ennemi qui se muscle. Le GM 35 sera constitué de 2 batteries de tir et d’une BCS. venant de France et engerbera la BALP qui deviendra la 1ère Batterie. À Tarbes, on va faire le maximum pour parer à l’incurie des états-majors. Rien n’avait été prévu, ni l’équipement, ni le personnel ; pourtant, on aurait dû se douter depuis longtemps que les paras auraient besoin de feux lourds en Indochine. Alors on rassemble ce qui se présente.

Pour le matériel, on choisit le 75 SR malgré ses défauts bien connus : faible allonge, flamme visible au départ du coup, trajectoire tendue. Quelques artilleurs chenus, du fond d’un bureau de Paris ou d’Hanoï, l’avaient préféré au mortier rayé de 4 pouces 2 (106 mm environ), sans doute parce qu’il s’appelait canon… Ils ignoraient probablement qu’il était prévu en priorité pour fournir des feux directs et tendus et non des feux indirects.

Pour le personnel, c’est aussi un « patchwork » qui, sous les ordres du chef d’escadron Millot, formera rapidement corps. Les cadres viennent pour la plupart du 35e RALP mais comprennent aussi des fantassins, des cavaliers et même des officiers de réserve tel le sous-lieutenant Tandonnet, appelé du 1er RHP, futur avocat au barreau de Tarbes, qui n’hésite pas à s’engager dans cette aventure. Les cadres d’active, ont à leur tête :

  • le chef d’escadron Millot, commandant de Groupe,
  • le capitaine Castaignet, commandant en Second,
  • le capitaine Le Gall, DAR (détachement avancé de reconnaissance),
  • le capitaine Clairfond, commandant la 2e Batterie,
  • le lieutenant de Grissac, commandant la 3e Batterie.

Les hommes proviennent de deux viviers aussi fertiles l’un que l’autre. Le premier c’est celui de Meucon, près de Vannes, berceau des « paras colos ». Il envoie des engagés, portant le béret amarante, qui attendaient leur tour de départ, mais qui n’apprécieront pas du tout le béret bleu. Le deuxième, c’est le régiment. 80 appelés seront volontaires pour aller servir en Indochine avec leurs cadres. Ils signent un contrat de deux ans pour faire la guerre, car ils savent que leur séjour sera jalonné de combats et que ce ne sera pas des vacances type « Club Méditerranée ». Ces hommes, qui ont pris des risques, sans contrainte, avec des motivations diverses certes, doivent être salués car ils démontrent que l’on peut compter sur certains jeunes Français en cas de besoin.

La mise sur pied se déroule à Ger comme en témoigne la correspondance du sous-lieutenant Cloix (Volontaire du contingent) qui sera muté début janvier 1954 à DBP comme DLO au II/4e RAC.

« Actuellement, le groupe de marche mixte (GMM) est en pleine formation. C’est assez b… car ce sont tous, à part les officiers, des fantassins qu’il faut transformer en artilleurs. Il faut les habiller, faire les piqûres pour tous, faire breveter parachutistes les jeunes qui ne le sont pas, etc.
Je pensais partir rapidement, il n’en est rien. La «biffe» est partie très vite et en avion. Pour nous, il a été décidé de former un groupe d’artillerie aéroportée complet avec des canons de 75 mm sans recul. La constitution de ce groupe va commencer effectivement le 7 septembre 1953. Le commandant de ce groupe est le commandant Millot qui est extrêmement gentil. Le capitaine commandant en second est le capitaine Castaignet qui vient de l’état-major de la Division. Nous allons recevoir des bérets rouges de Vannes…
Le départ est prévu pour début octobre. Je me retrouve dans un groupe complet, c’est-à-dire 37 officiers, 93 sous-officiers et 529 hommes se décomposant en une batterie de commandement qui compte 14 officiers, 21 sous-officiers et 103 hommes et trois batteries de tir à six canons chacune comportant 6 officiers, 19 sous-officiers et 110 hommes par unité, et enfin, une batterie des services qui compte 5 officiers, 15 sous-officiers et 91 hommes ».

Ultérieurement, l’Indochine constituera le troisième vivier pour compléter les effectifs en hommes qui n’étaient réalisés qu’à 60% environ au départ de Tarbes. Le GM 35 sera « jauni » à Hanoï et tous les cadres n’auront qu’à se féliciter ensuite du comportement des Vietnamiens et de leur attachement. Ces Indochinois, bien qu’originaires du Nord, n’hésitèrent pas, pour la majorité d’entre eux, à suivre le groupe à Saïgon lors du cessez-le-feu. Les cadres étaient ainsi déjà confrontés à leur premier problème de « harkis », ces alliés locaux qui, lors de la fin des contrats, n’eurent le choix qu’entre l’exil ou la mort et la torture. Il faudra être solide, ou avoir peu d’états d’âme, pour résister à de tels chocs et à de tels abandons… Donc, du 7 au 28 septembre, au camp de Ger, le GM 35 se met sur pied.

Cne de Grissac – Cdu B3.

Au quartier Soult, le 26 septembre, le chef de corps remet les fanions au groupe et aux unités. À cette occasion, un invité, le colonel (er) Perez, ancien commandant du 24e RAD, ayant appris la rusticité de nos matériels topographiques (boussole pour la mise en direction par exemple), offre au chef d’escadron Millot un vieux goniomètre boussole de siège et place récupéré en 1940. Le capitaine Le Gall s’empressa de décliner cet appareil au camp de Ger et c’est ainsi que la division de déclinaison de Ger servit de référence à toute orientation et à tout tir à Dien Bien Phu…

La mise sur pied du GM 35 démontre bien, qu’en France, on a des hommes qui savent s’adapter, on a des idées ou plus exactement on sait se débrouiller (le système D !), mais hélas ! nos choix concernant les matériels ne sont pas toujours adaptés aux guerres que l’on mène. On ne trouvait pas de tubes pour gagner la guerre en Indochine, mais on avait du beau matériel, coûteux, bien servi, bien entretenu, en Allemagne pour l’instruction. Il est vrai qu’à l’époque nous étions trop dépendants des Américains. Ils nous donnaient des armements modernes mais avec interdiction de les employer hors d’Europe. En Indochine nous n’avions droit qu’aux reliques… Il est vrai aussi que le choix des priorités est toujours un mystère pour le soldat qui se bat, mais cela ne l’empêche pas de tirer le maximum de ce qu’on veut bien lui donner. Enfin, en Indochine, on pouvait toujours se procurer au « marché noir », chez les Chinois, les pièces de rechange qui faisaient défaut…

26 septembre 1953. Défilé de la 3e Batterie du GM35 avant le départ.

Le 28 septembre, le GM 35 fête la Saint-Michel avec le Régiment, les hommes font leurs adieux aux familles, et partent pour 2 ans…

Le 29 septembre, le GM 35 prend le train à Tarbes pour rejoindre le camp de Sainte-Marthe près de Marseille où le Groupe saluera l’étendard et le colonel Bousquet avant d’embarquer le 2 octobre à Marseille sur le « Kerguelen » pour un voyage d’un mois vers l’Extrême Orient.

L’arrivée en Indochine et l’installation à Ha Duong

Le 30 octobre, il débarque à Saïgon. Le 4 novembre il reprend le « Kerguelen » pour le Tonkin.

Le 7 novembre à 12h00, le GM 35 débarque à Haiphong où il est accueilli par les autorités civiles et militaires, françaises et vietnamiennes. A trois mois près, il aurait été accueilli par le colonel Mengus commandant de la zone d’Haiphong). Le 8 novembre, il se dirige vers Hanoï et s’installe dès son arrivée sur le terrain de l’hippodrome. Dès le lendemain, l’élément précurseur prend contact avec la « future base arrière » et la BALP du lieutenant Leduc qui tient secteur à Ha Duong à 1,5 kilomètre au sud-sud ouest de Ninh Giang, près de la digue du canal des Rapides, à une dizaine de kilomètres d’Hanoï.

Le chef d’escadron Millot et le GM 35 prennent en compte Ha Duong qui devient la base arrière qu’ils n’occuperont pas souvent au complet. La BALP s’intègre en bloc au GM 35 et devient alors sa 1ère Batterie. Son ordre de bataille n’est pas modifié. Elle reçoit quelques renforts venant du Groupe, 2 officiers, 3 sous-officiers et 5 artilleurs paras.

Après une semaine de travaux d’organisation défensive et d’aménagement des cantonnements selon la répartition ci-contre, de perceptions de ses matériels de dotation, le GM 35 est en place le 16 novembre selon les nouveaux tableaux d’effectifs. Quelques jours sont encore consacrés à l’instruction, notamment sur les 75 SR qui équipent désormais le Groupe. L’instruction a été orientée en fonction des différents types d’engagements envisagés : la batterie en opération aéroportée, par voie terrestre avec véhicules et à pied en suivant l’infanterie au plus près.

Le 13 novembre 1953, le poste accueille une compagnie de génie parachutiste. Cela aidera à l’aménagement de la position.

Enfin, après avoir troqué le béret bleu contre le béret amarante, le Groupe est intégré au GAP n°1 du colonel Fourcade. Il est prêt pour ses premières opérations.

ORDRE DE BATAILLE DU GM 35 EN NOVEMBRE 1953

 

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