Le 35e RAC dans l’armée d’Armistice


Le 35e RA est reconstitué le 1er novembre 1940, date limite impérative imposée par l’occupant. Il est articulé sous une forme mixte auto et hippomobile en zone libre. Il est armé de canons de 75 modèle 1897 et comprend trois groupes :

  • Un état-major et deux groupes implantés à Périgueux au quartier Daumesnil,
  • Un groupe (le 2e) avec un état-major réduit à Limoges formé de 2 batteries « hippo » et une batterie « auto ».

L’effectif total du régiment est alors de : 66 officiers, 324 sous-officiers, 965 hommes de troupe et 600 chevaux.

Il en est de même pour les 6 autres régiments d’artillerie de l’armée de l’Armistice. Seul le régiment de Grenoble, de type montagne, possède une structure différente de celle des autres corps d’artillerie.

En dehors de ses activités normales, le 35 s’emploie dans le plus grand secret, comme de nombreux autres corps (sur initiative personnelle d’abord, puis sur ordre écrit du maréchal Pétain en date du 10 août 1940) au stockage et au « camouflage » de matériels pour les faire échapper à la réquisition organisée par l’ennemi.

Le capitaine de Dreuzy, à Périgueux, est chargé de cette mission, qui, consiste, après avoir recensé et créé les dépôts, à en assurer le suivi et l’entretien périodiques.

Il la remplira pendant 2 ans tout en assurant le travail officiel, d’officier observateur et d’instructeur.

Cette activité ne peut avoir lieu, bien entendu, qu’avec l’accord des chefs de corps successifs qui sont affranchis par le chef de service CDM (camouflage du matériel) de la 12e Division Militaire à Limoges placé sous la responsabilité du sous-chef d’état-major le chef d’escadron du Garreau de la Mechenie, qui sera tué dans l’avion où devait s’achever l’épopée Leclerc.

Les moyens concernés sont, au début, des véhicules du régiment ; le personnel impliqué est celui de l’atelier régimentaire et quelques officiers (Lamret, Arnaud, Ravignan, Cintrat).

À partir du début de 1942, des ateliers clandestins complets sont montés en utilisant le personnel d’usines qui travaillait avant l’armistice pour la Défense Nationale, comme Somua à Périgueux.

En même temps, de petites équipes discrètes se chargent de la visite et de l’entretien des dépôts, comme à Thiviers où l’équipe se compose d’un mécanicien auto, et de trois spécialistes : armement, transmissions, munitions, tous adjudants ou adjudants-chefs particulièrement qualifiés et repliés dans le même secteur depuis l’armistice, donc connus de la population et des « stockeurs ». Intégrées dans la vie locale, les équipes peuvent effectuer leurs déplacements sans attirer l’attention.

Les autorités civiles et la gendarmerie couvrent par leur silence les mouvements de véhicules théoriquement proscrits. À l’instar de ce débarquement en gare de Périgueux de 75 tracteurs chenillés SOMUA – HOEG5 (tracteurs de canons de 155) que l’on avait été cherché à 35 kilomètres de là.

La préfecture délivre les cartes grises des véhicules « clandestins ».

Les PTT communiquent aux responsables « souterrains » la teneur des communications des Allemands des commissions de contrôle.

La police prête son photographe, quand il en est besoin, pour photographier par exemple le minutier d’une société ayant livré du matériel à l’ennemi.

Le volume du matériel ainsi camouflé sur le secteur de Périgueux est considérable : 500 véhicules divers, les munitions de guerre d’un groupe de 75, l’armement et les munitions d’un régiment d’infanterie ainsi que son matériel sanitaire, les moyens fil et radio de deux régiments et bien d’autres matériels encore.

Un quart de ce matériel servira à la Libération, le reste ayant été confisqué par les Allemands lorsqu’ils pénétreront en zone libre, investissant immédiatement les bureaux CDM des divisions militaires, détenant par Laval, (qui a contresigné l’ordre de camouflage du maréchal Pétain) les listes des matériels « stockés ».

Grâce au dévouement de certains, du matériel parvient à « filer entre les doigts » des Allemands. A Périgueux, l’adjudant-chef Gros, au péril de sa vie et de celle de sa famille intensifie les stockages sans rendre compte.

L’occupation de la zone libre

Le colonel de Mierry, qui avait pris le commandement du 35e RA le 22 septembre 1942, recevra l’ordre douloureux de dissoudre le Régiment moins de trois mois après sa prise de commandement, aux heures les plus sombres de l’occupation. En 1970, ce souvenir était encore bien présent dans son esprit.

Le 11 novembre 1942, entre 10 et 11 heures, deux officiers allemands se sont présentés successivement devant les grilles fermées du quartier Daumesnil pour en demander l’accès. Par deux fois, j’ai repoussé cette demande, prétextant que je n’avais pas d’ordre à ce sujet. Dans l’après-midi, j’ai reçu l’ordre signé du colonel Schneider, commandant la subdivision, de laisser rentrer les Allemands. Les groupes ont alors cantonné dans les villages sur la route de Périgueux à Brive pendant que des unités allemandes transitaient à Périgueux en attendant leur embarquement en chemin de fer. Quelques jours plus tard, profitant d’un moment où le quartier était délaissé, nous l’avons réoccupé.

Vers la fin novembre, j’ai été prévenu au téléphone, par le groupe de Limoges, qu’une unité allemande avait envahi son quartier vers 05 heures du matin, chassé les hommes des chambrées et s’était saisie des armes portatives. Ce même détachement s’est présenté à Périgueux vers 21 heures. Mais auparavant, quand nous étions encore libres, les couleurs ont été amenées en présence de tous les officiers réunis. Nous avons pu démobiliser régulièrement les hommes, répartir les chevaux chez les cultivateurs, mettre en lieu sûr l’Étendard et les fanions ainsi que les matériels de l’intendance.

De 21 à 23 heures, trois officiers allemands ont fait emporter, en ma présence, les sabres et les revolvers stockés dans le local de l’armurerie. Le lendemain, un détachement allemand, de la valeur d’une compagnie, a occupé le quartier Daumesnil et enlevé le matériel qui restait. Ainsi, le 35e RA a cessé d’exister à la veille du 4 décembre 1942.

Colonel de Mierry

Vers le 25 novembre le commandant du Groupe de Limoges téléphone au chef de corps, pour lui rendre compte que les Allemands ont envahi son quartier à 5 heures du matin et se sont saisis de l’armement.

Une opération identique est exécutée à Périgueux le même jour à 21 heures. Entre-temps les couleurs ont été descendues, l’Étendard mis en lieu sûr, les hommes sont démobilisés, les chevaux répartis chez les cultivateurs et le matériel du couchage de réserve, les effets et chaussures du magasin d’habillement sont mis à l’abri.

De 21 h à 23 h, trois officiers allemands contrôlent l’enlèvement des sabres et revolvers stockés dans le local de l’armurerie.

Le lendemain une unité allemande occupe le quartier et enlève le matériel restant.

Entre le 1er novembre 1940 et le 25 novembre 1942, le Régiment sera successivement commandé par le colonel de Lobit, provisoirement remplacé par le lieutenant-colonel Royal, puis par le colonel Baschung auquel succédera le colonel Martin Gallevier de Mierry.

Comme de nombreux régiments de cette armée de Vichy, le 35e RA aura des activités d’instruction strictement contrôlées et la plupart de ses cadres seront en liaison avec la Résistance, dissimulant le maximum de matériel en vue de la reprise des combats, renseignant Londres, approvisionnant les maquis ou participant à des réseaux d’évasion.

Au mois de novembre 1942, les débarquements alliés en Afrique du Nord entraîneront l’invasion de la zone libre par les Allemands et la dissolution de l’armée d’Armistice.

Naturellement, le coup de force allemand sur la zone libre allait favoriser l’esprit de résistance et de nombreux cadres et soldats du 35e RA dissous allaient s’engager dans la lutte clandestine. Nombreux étaient ceux qui allaient se couvrir de gloire, mourant pour certains de manière héroïque. Parmi eux, le lieutenant Brunet, trois fois évadé et trois fois repris, puis exécuté, le capitaine de La Blanchardière mort sous la torture et bien d’autres encore qui subiront le même sort.


Composition du 35e RAC

entre novembre 1940 et septembre 1942

Chef de corps colonel (X, breveté EM) de Lobit
remplacé provisoirement par lieutenant-colonel (X) Royal
puis par  colonel (OA) Baschung
puis le 1er sept 1942 colonel de Mierry

À périgueux

Lieutenant-colonel Royal (X, évadé de Nancy)
chef d’escadron Bach (OR) (Major)
chef d’escadron Lachèvre (Cyr) (détaché Dublin Attaché militaire)
chef d’escadron Rafaitier (OA) (à l’EM à Vichy)
 
1er GROUPE
chef d’escadron Dellange (X, BEM)
capitaine Estoup (OA) (adjoint)
puis capitaine Lejeune (venant de la Direction Artillerie)
capitaine Ducher (OA) (Instructeur)
puis capitaines de Dreuzy (OA), Laurent (X), Navelet (X) (évadé d’Allemagne en fin 41 et grand blessé)
Batterie Hors Rang capitaine de Ravignan (X, BEM) (CDU)
  capitaine de Dreuzy (EC) (Observateur)
1ère Batterie capitaine Lenoir (X) (CDU)
2e Batterie capitaine Jon (OA) (CDU)
  puis capitaine Leydier (OA)
3e Batterie capitaine Bordage (OA) (CDU)
   
2e GROUPE  
  chef d’escadron Leboeuf (OA)
7e Batterie capitaine Brunet (X)
  puis capitaine Cintrat (X) (CDU)
8e Batterie capitaine ???
9e Batterie capitaine ???
  lieutenant Aindeleux (Rang) (Adj major)
  lieutenant Fraisse (OA) (transmissions)
  lieutenant Aubert (1er groupe)
  lieutenant Kaufmann (1er groupe)
  lieutenant Clavel (OR) (3e groupe)
  lieutenant Morgat (OA) (2e groupe, parti très vite en AFN au 1/68)
  lieutenant Bourgogne (X) (2e groupe, parti en Syrie et tué à Bir Hakeim)
  sous-lieutenants Wilemann, Ozane, Weber, Gérard de Cuverville (détachés à Cyr replié à Aix-en-Prvence jusqu’en août 1941)

À Limoges

lieutenant-colonel Pyan (OA)
2e GROUPE
chef d’escadron Genesteix (OR)
capitaine Jacquand (OR) (Adjoint)
7e Batterie Hippo capitaine Henin (OR) (CDU)
8e Batterie Hippo capitaine Wetterer (CDU)
  adjudant-chef Goldberg (évadé, chef de section SOM)
  maréchal des logis-chef Leclerc (chargé de la remonte)
9e Batterie Auto lieutenant Rio (OA)
  À signaler : l’aspirant Lejeune, secrétaire du colonel, fusillé par les Allemands en 1943. Il était un magnifique soldat et un subordonné de toute confiance comme l’adjudant chef Didier (chef de l’atelier auto du Régiment), l’adjudant-chef Goldberg et le maréchal des logis-chef Leclerc.

 

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