Seconde Guerre mondiale


Pendant ce temps, derrière le rempart de son armée, la France a gardé tous les biens que certains peuples ont déjà perdus et que d’autres tremblent de perdre. La France n’a pas d’angoisse quand elle pense à l’avenir. Elle est sûre de sa victoire : la grande peur qui traverse l’Europe s’arrête à nos frontières devant les fils de fer ou les casemates où veille et combat notre jeunesse.

Édouard Daladier, Président du Conseil
Allocution radiophonique du 30 janvier 1940


Composition du 35e RAD au mois de mai 1940

Régiment semi-motorisé (tracteurs chenillés) et hippomobile d’artillerie de la 21e Division, le 35e RAD comprend une batterie hors rang, une batterie antichar (équipée de canons de 47 mm) et 3 groupes à 3 batteries (équipées de canons de 75 mm). Il compte 1 355 hommes dont 66 officiers, 324 sous-officiers, 965 gradés et canonniers.

Chef de corps Lieutenant-colonel JOUBERT
Officier adjoint Capitaine FROIDEVAUX
Batterie hors rang Lieutenant MOINEAU
1er Groupe Chef d’escadron HAYE

Lieutenant BEZAULT

1ère Batterie Capitaine ENJOURBAULT
2e Batterie Lieutenant BUSSIAUX
3e Batterie Lieutenant LE MENACH

Lieutenant DUFRAINE

2e Groupe Chef d’escadron LAVERNE
Capitaine DE LAE BLANCHARDIÈRE
4e Batterie Capitaine RONSIN

Lieutenant CHAUDOYE

5e Batterie Lieutenant BRUNET
6e Batterie Capitaine DE LA RONSIÈRE
3e Groupe Capitaine ROUSSILHE

Lieutenant CLOUET

Lieutenant GILBERT (chef de la colonne de ravitaillement CR)

7e Batterie Lieutenant HAMON

Lieutenant HENNOCQUE

8e Batterie Lieutenant ESPANA

Sous-lieutenant L’HARIDON

9e Batterie Capitaine DALSACE

Sous-lieutenant DELATTRE

10e Batterie antichar Capitaine LYSENSOONE

Lieutenant MORGAN

La paix n’a duré que vingt ans quand, le 2 septembre 1939, éclate la Seconde Guerre mondiale. La France ne s’est pas remise de la terrible saignée de 14-18 et son armée est principalement à vocation défensive, dirigée par un état-major vieillissant. Elle n’est pas en mesure d’affronter la Wehrmacht renaissante d’Hitler. L’illusion durera le temps de la « drôle de guerre ».

Face au binôme Panzer-Stuka, l’artillerie française entre en campagne avec des matériels disparates. Bien que largement quadragénaire, le 75 modèle 97 constitue encore la base de l’artillerie légère divisionnaire. Seules quelques batteries antichars sont équipées du performant canon de 47 mm modèle 37. Les autres sont dotées des canons de 75 mm ou de 25 mm. Quinze de ces régiments, dont le 35e RAD sont hippomobiles.

 

La drôle de guerre

Le Régiment sur le Ligne Maginot d’août à septembre 1939

Le 30 août 1939, le 35e RAD qui a achevé sa montée en puissance, quitte sa garnison de Vannes sous le commandement du colonel Morel et est acheminé par voie ferrée, avec la 21e Division, vers la frontière du nord-est, dans la région de Sarrebourg. Il est chargé de contrôler les intervalles de la ligne Maginot entre Bliesbrück et Bliesmengen. La montée en ligne s’effectue sans incident majeur, malgré les difficultés sans nombre et les problèmes de régulation du trafic routier. Dès la déclaration de guerre, l’armée française lance un semblant d’offensive en Sarre et le 35e RAD s’avance à portée de tir de la ligne Siegfried.

Durant cette brève incursion en territoire ennemi, l’infanterie de la 21e Division investit les villages allemands d’Herbitzheim, Wittersheim, Bliesranbach, situés trois à cinq kilomètres plus au nord. L’ennemi s’est retiré après avoir piégé et miné les accès, cause de sérieuses pertes pour la Division. Le régiment est lui aussi touché, le capitaine RAULT, commandant le 3e Groupe, est tué en voiture après avoir sauté sur une mine le 15 septembre. C’est le premier mort du Régiment.

Durant quelques semaines, le 35e RAD tient ce secteur et engage fréquemment des duels d’artillerie lui occasionnant des pertes légères. À l’approche de l’hiver, la 21e Division est ramenée en arrières de la ligne Maginot et le « 35 » se déploie près de Fénétrange en Lorraine, puis dans la région de Bayon à l’est de Nancy.

Hiver 1939-1940

Au début du mois de novembre, la 21e Division est affectée à la 7e Armée du général GIRAUD et le 35e RAD gagne les environs de la baie de Somme par voie ferrée pour s’installer à Samer, une dizaine de kilomètres au sud-est de Boulogne sur Mer, où il passe une partie de l’hiver avant de retrouver Hazebrouck.

Le 35e RAD met à profit ce répit pour parfaire sa cohésion, son instruction et sa préparation opérationnelle. L’effort principal porte sur la manœuvrabilité des colonnes en déplacement, pour échapper au danger aérien. La majorité des écoles à feu est consacrée aux tirs antichars.

À l’image de son aîné de la Grande Guerre, le 35e RAD est composé d’une forte majorité de Bretons réputés ne pas rechigner à l’effort.

Au mois de décembre, le colonel MOREL, appelé à la tête de l’artillerie divisionnaire est remplacé par le lieutenant-colonel JOUBERT à la tête du Régiment. C’est aussi l’occasion d’un profond remaniement au sein de l’encadrement pour ne conserver que des chefs de pièce, chefs de section et commandants de batterie ayant une expérience opérationnelle avérée.

 

L’invasion allemande et l’affrontement de mai 1940

Du 10 au 20 mai 1940

Bien instruit, organisé et commandé, le 35e RAD est en mesure d’affronter une bataille que l’on pressent difficile, après ces mois interminables d’un face à face qui a seulement permis aux Allemands de récupérer leurs divisions blindées et leur aviation d’assaut engagées en Pologne. L’attaque générale allemande du 10 mai surprend le général GAMELIN et ce n’est que le 13 mai que le Régiment quitte Hazebrouck en chemin de fer à destination d’Anvers. La 7e Armée dont dépend la 21e Division a pour mission d’arrêter les Allemands en Hollande sur une ligne Anvers – Bréda et de leur barrer l’accès à la mer du Nord.

Les bombardements de la Luftwaffe sur les routes et les nœuds ferroviaires occasionnent de sérieux retards dans la mise en place des forces françaises.

Quand, le 14 mai, le 35e RAD débarque à 20 kilomètres d’Anvers, les Allemands ont déjà pénétré profondément en Hollande. La manœuvre prévue est abandonnée, et le Régiment se déploie sur la rive gauche de l’estuaire de l’Escaut face au nord-est.

Le 17 mai au soir, après quelques tirs demandés par les observateurs belges sur les avancées allemandes dans le secteur d’Anvers, le Régiment reçoit un ordre de repli. La 21e DI doit être acheminée par voie ferrée pour rejoindre Beauvais.

La retraite ne prend effet que le 19 mai, les éléments motorisés de la Division sont alors regroupés en une seule colonne pour emprunter la voie routière désignée pour son repli.

Ce n’est que le 20 mai que s’ébranlent les premiers trains. Les chemins de fer belges ne fonctionnent plus qu’au ralenti et avec grandes difficultés. Alors que l’ennemi se fait plus pressant et que son aviation détient la supériorité aérienne, seuls l’état-major du Régiment, la batterie hors rang, la batterie antichar, les états-majors des 1er et 2e Groupes ainsi que les 1ère, 3e et 4e Batteries peuvent être embarqués. Le 21 mai, il n’y a plus de convoi ferré.

Le reste du Régiment et ses éléments motorisés sont placés sous les ordres du capitaine ROUSSILHE, commandant le 3e Groupe avec pour mission de rejoindre la France le plus rapidement possible par voie routière.

Les 20 et 21 mai

Le 20 mai, en repli depuis deux jours, le convoi automobile de la division se présente sur la Somme. Ne pouvant franchir à Amiens, il cherche le passage par Abbeville. Englué parmi les réfugiés, il est pris sous un violent bombardement aérien. Seules quelques voitures peuvent passer les ponts, le reste du convoi est détruit. Le lieutenant BEILVERT, commandant la fraction auto de la BHR est tué à la tête de sa rame.

Des réfugiés en masse compacte refluent, eux aussi, à la recherche des ponts. Colonnes de voitures, de charrettes, de piétons. L’affluence augmente au point qu’il est décidé de s’arrêter pour couvrir la retraite des civils…

Le 21 mai, la situation est tout aussi délicate en ce qui concerne les convois ferroviaires, aucun train de la Division dirigé sur Beauvais n’a pu passer. De nombreuses voies sont coupées et le matériel inadapté comme en témoigne le récit du capitaine LYSENSOONE, commandant la 10e Batterie antichar « Les deux locomotives qui étaient des machines pour trains express de voyageurs avaient des difficultés inouïes à franchir les moindres rampes. Il est vrai que l’unité était transportée par un train lourd de 450 mètres de long. Dans les côtes, le convoi était parfois arrêté. Il fallait dans ce cas attendre le train suivant et prendre sa locomotive pour pousser le convoi jusqu’au sommet de la rampe. De là, il prenait son élan jusqu’à l’obstacle suivant ».

La situation ayant évolué défavorablement, une nouvelle mission est assignée à la 21e Division pour être dirigée sur Boulogne-sur-Mer afin d’assurer la défense du port contre une incursion possible d’éléments légers qui semblent avoir été parachutés ou s’être infiltrés dans la région d’Abbeville…

En fin de journée du 21 mai, les trains sont acheminés sur Boulogne.

Le 22 mai 1940

Dès le 22 mai, l’ennemi met en oeuvre le plan qu’il n’avait pu exécuter en 1914 : acculer les Alliés à la côte et scinder leurs forces. Mais ici, sur cette côte de la mer du Nord, l’armée française va écrire une des plus belles pages de cette malheureuse campagne de France.

La 21e Division, commandée par le général LANQUETOT, s’emploie dès son arrivée à organiser la défense de Boulogne-sur-Mer. Le 35e RAD est déployé de la manière suivante :

  • 1er Groupe en appui du 48e RI à Neufchâtel,
  • Batterie antichar en appui du CID 9 (Centre d’Instruction Divisionnaire N° 9) déjà sur place à Samer,
  • 2e Groupe en appui du 65e RI à Desvres,
  • 3e Groupe, en action d’ensemble au Mont-Lambert,
  • toutes les Colonnes de Ravitaillement (CR) rassemblées avec l’état-major et la BHR à Baincthun.

Cette date du 22 mai 1940 sera à marquer d’une pierre noire dans l’histoire du Régiment. En moins d’une journée, il perd une bonne partie de son potentiel opérationnel.

Le 22 mai à 10h00, le 1er train achemine l’EM du Régiment, la BHR et la 1ère Batterie à Neufchâtel-Hardelot. Le débarquement se fait au milieu d’une grande confusion. Des colonnes de réfugiés provenant de l’est et du sud tourbillonnent sur les routes et dans les champs annonçant l’arrivée imminente de l’ennemi et de ses colonnes blindées.

L’état-major du Régiment se dirige vers l’est de Boulogne et le Mont Lambert tandis que la BHR rejoint Baincthun.

Le capitaine ENJOURBAULT, commandant la 1ère Batterie, rejoint le commandant ROSMORDUC, commandant le 48e RI chargé de la défense de Neufchâtel Hardelot. Le régiment d’infanterie ne dispose, à ce moment-là, que de son EM et de sa compagnie d’engins.

La 1ère Batterie du 35e, se voit dotée de 3 pièces de 75 provenant du 301e RA trouvées errantes sans officiers. Ses sept pièces de 75 sont placées en position antichar aux accès principaux du village. À peine en position la 1ère Batterie est prise à partie par les avant-gardes blindées allemandes qui sont malgré tout tenues en respect par les pièces de 75 et de 25 mm.

Les forces allemandes se réorganisent pour contourner le dispositif par le nord et par le sud. Elles lancent leurs attaques simultanément par le nord et par le sud. Submergée par le feu et la mobilité des Panzers du colonel VON PRITTWITZ, la 1ère Batterie résiste pendant une demi-journée, rendant coup pour coup avec ses pièces de 75, détruites les unes après les autres, leurs servants étant tués ou blessés. Sous le feu des mitrailleuses, le capitaine ENJOURBAULT va jusqu’à faire avancer une de ses pièces manuellement pour avoir un meilleur angle de tir. Il tombe, mortellement touché en dirigeant le tir de ses canons. Dans la soirée, l’ennemi écrase le village sous ses obus avant d’y pénétrer. Ayant résisté jusqu’au bout, la 1ère Batterie est anéantie.

Canon AC de 47 mm Mle 37

Le 22 mai à 13h00, le second train arrive à Samer avec la 10e Batterie Antichar (BAC) du capitaine LYSENSOONE. Juste à l’entrée du village, la locomotive est arrêtée par un tir de mitrailleuse. Aussitôt, le capitaine fait riposter et couvrir son convoi par une trentaine d’hommes armés de FM et commandés par le lieutenant ANDUREAU. Les pièces de 47 mm, brêlées sur le train ne sont pas en état de tirer. Le lieutenant DUFOUR parvient cependant à faire débarquer une pièce sur le ballast et à la mettre en batterie. Le pointeur KERMAREC détruira trois chars allemands avant d’être blessé. Deux autres pièces sont dégagées et mises en batterie sur le train.

Le feu est aussitôt ouvert sur les auto-mitrailleuses qui apparaissent à droite et à gauche de la voie. Les chars allemands ne sont pas loin. Ils tirent à obus explosifs et incendiaires dès qu’ils arrivent à portée du train ; au bout de quelques minutes, les wagons flambent, les munitions explosent rendant impossible le service des pièces. Tous les personnels assistent impuissants à la destruction de leurs moyens.

Le personnel tient encore l’ennemi en respect par le feu de ses FM. Une locomotive de secours envoyée de la gare de Desvres parvient à sauver quelques wagons de chevaux qui ont survécu à l’incendie. Le capitaine LYSENSOONE se replie sur Desvres et se met sous les ordres du chef de bataillon LE GUEVEL du 65e RI. L’ennemi attaque Desvres. Le capitaine LYSENSOONE et son personnel participent à la défense de la gare. Le 65e RI décroche à minuit.

À 01h00 du matin, le capitaine LYSENSOONE et les survivants de sa batterie décrochent à leur tour pour rejoindre Boulogne. A l’arrière-garde, les artilleurs répondent coups pour coups à l’ennemi en se repliant. Épuisés, à court de munitions, ils sont faits prisonniers dans la forêt de Boulogne trois jours plus tard. La batterie antichar est anéantie à son tour.

Le 22 mai à 15h00, le troisième train du 35e RAD transportant l’EM du 1er Groupe et la 3e Batterie est stoppé brusquement à la hauteur de Lumbres. Des chars ennemis attendent le train. Sans hésiter, le chef d’escadron Haye, commandant le groupe, donne l’ordre de tirer.

La réponse des blindés est immédiate, le train est pris sous le feu des mitrailleuses et des canons de 37. Le commandant Haye tombe blessé dès les premières minutes de combat. Reprenant connaissance au bout de quelques instants, il s’assure que la défense du train est toujours assurée. Il se relève pour faire feu de son arme et s’écroule une nouvelle fois, mortellement touché.

L’accès aux wagons de matériels est impossible. Le personnel réplique avec ses 40 mousquetons.

L’ennemi se rapproche, il encercle le train, l’attaquant à la grenade. Les cartouches s’épuisent. A l’issue d’une lutte sans merci de trois-quarts d’heure, le feu cesse. Les pertes sont lourdes : outre le commandant Haye frappé le premier, le lieutenant BEZAULT a été tué, les lieutenants LE ENACH, DUFRAINE et BERTHEUIL sont blessés. Les survivants, qui ont été faits prisonniers, obtiennent de l’ennemi l’autorisation de rendre une dernière fois les honneurs à leurs chefs et à leurs camarades tombés en héros pour la défense désespérée d’une petite parcelle du sol français.

Le 22 mai : à 15h00, le quatrième et dernier train transporte l’EM du 2e Groupe et la 4e Batterie. Il suit de près le train du commandant Haye. L’état-major alerté par les tirs en avant de son convoi fait stopper le train auquel il demande de faire marche arrière jusqu’à Arques. De là, il se fait dérouter sur Saint-Omer. La 4e batterie organise alors la défense des ponts de Saint-Omer. A peine la mise en batterie terminée, les chars lourds ennemis apparaissent. Un premier blindé est immédiatement détruit par deux obus perforants. L’ennemi réagit alors avec toute sa puissance de feu. L’adjudant-chef BESSON et le maréchal des logis LE SAUX tombent mortellement blessés.

Pendant ce temps, l’étreinte s’est resserrée autour de Boulogne. Vers 18 heures, les Allemands sont aux portes de la ville, à Outreau. Le général LANQUETOT ayant reçu l’ordre de défendre Boulogne, décide de réorganiser les éléments épars qui se trouvent sur zone, pour continuer à assurer sa mission. Il donne l’ordre au colonel RAUGEL commandant l’artillerie divisionnaire de se porter vers Saint-Omer, d’y rechercher sur les voies ferrées les éléments de la Division, de les regrouper aux abords de l’Aa au nord de Saint-Omer, et d’assurer la défense de cette coupure pour empêcher l’ennemi de se diriger vers l’est sur les arrières des armées alliées opérant en Belgique.

Le colonel RAUGEL prend avec lui pour cette mission le lieutenant-colonel JOUBERT commandant le 35e RAD.

Cette journée du 22 mai 1940, le 35e RAD perd la 1ère Batterie, la Batterie AC, l’EM du 1er Groupe et la 3e Batterie.

23 mai 1940

Après une nuit de recherches des éléments de la division, ne sont retrouvés que l’escadron à cheval du GRDI la compagnie divisionnaire antichar, l’EM du 2e groupe du 35 et la 4e Batterie dont le train s’est immobilisé à Arques, un EM de groupe et une batterie du 225e RA.

Ces éléments sont dirigés sans délai sur l’Aa.

La défense des ponts de Saint-Omer échoit au 35e RAD. Un pont routier enjambe l’Aa à Saint Omer. Gardé par une sentinelle anglaise, celle-ci rend compte à l’aube de patrouilles ennemies aperçues sur l’autre bord de la coupure. Le pont de chemin de fer, quant à lui, est obstrué par 2 locomotives immobilisées en son milieu.

Rapidement une pièce de la 4e Batterie est amenée au trot. Mise en batterie, la bêche contre le trottoir qui longe la gare, elle fait face au pont qui se trouve à 50 mètres. Les maisons bordant une place forment le fond du champ de tir à 100 mètres. L’adjudant-chef BESSON, secrétaire du colonel, se voit confier provisoirement la fonction de chef de section.

À peine la mise en batterie terminée, un char lourd ennemi se présente à l’entrée du pont. Il est stoppé net par le tir direct de la pièce, qui le transperce par deux obus perforants.

Revenu de sa surprise, l’ennemi attaque, au fusil, à la mitrailleuse, puis au « minen ». La gare est l’objet d’un tir nourri. La pièce de 75 riposte sur les maisons du fond de la place. Presque tout de suite l’adjudant-chef BESSON est atteint d’un éclat d’obus au ventre. Tombé en travers de la flèche, il trouve encore la force de dire aux servants « enlevez-moi de là, je gêne pour le tir ».

Posé à terre sur le trottoir, il fait reprendre le tir de la pièce, et meurt presque aussitôt. Le chef de pièce le maréchal des logis LE SAUX tombe à son tour, mortellement atteint lui aussi ; en quelques instants le peloton de pièce tout entier est mis hors de combat. Le 75 français s’est tu, et pendant ce temps l’ennemi continue à l’écraser sous ses tirs n’osant pas forcer le passage du pont.

Cette courte lutte a donné le temps aux autres pièces de la 4e Batterie d’être acheminées pour participer au barrage du pont. L’ennemi est stoppé à la sortie de Saint-Omer mais parvient à s’infiltrer en débordant le dispositif.

Quelques patrouilles de motocyclistes ennemis battent la région. L’une d’entre elles fait prisonnier le lieutenant PEIGNET, adjoint du commandant de l’artillerie divisionnaire.

En milieu d’après-midi, la position devenant difficilement soutenable, la 4e Batterie se replie sur 1500 mètres environ pour assurer sa sécurité. Une des pièces trop exposée sous le feu des mitrailleuses ne peut décrocher et doit être détruite.

En fin de journée la ligne de défense de l’Aa tient toujours. La 4e Batterie a rempli sa mission.

Dans la soirée du 23, le lieutenant-colonel JOUBERT retrouve enfin, dans la région de Bailleul, le reste du Régiment qui a fait route depuis Anvers par voie routière avec ce qui reste du 235e RA. Il en reprend le commandement et les dirige immédiatement vers Bergues au sud-ouest de Dunkerque.

Malgré les fortes pertes subies lors de la première journée de bataille, le 35e a encore des arguments à faire valoir. Il est constitué du 3e Groupe au complet, du 2e qui a perdu deux pièces, de la 2e Batterie, seule rescapée du 1er groupe. Le Régiment est renforcé d’un groupe et d’une batterie du 235e RA.

24 et 25 mai – défense du Cap GRIS NEZ

L’étreinte s’est resserrée autour de Boulogne ; dans la soirée, le Kampfgruppe du colonel VON VAEST est aux portes de la ville. Le général LANQUETOT établit un plan de défense de la ville.

Il faut ici ouvrir une parenthèse pour revenir vers la BHR laissée le 22 mai dans la région de Boulogne à Baincthun. Cette unité, commandée par le lieutenant MOINEAU, ne comprend que des téléphonistes, des radios, des secrétaires et des conducteurs, sans aucun armement.

Refoulés de Baincthun sur Boulogne par la poussée ennemie dans la soirée du 22 mai, une partie des artilleurs de la BHR se trouvent bloqués au casino d’où ils se défendront toute la journée du lendemain. Le lieutenant Moineau, se trouve coupé de son unité et coopérera à la défense du PC du général LANQUETOT dans la citadelle jusqu’au 25 mai.

En revanche, le gros de la troupe sous la conduite du capitaine FROIDEVAUX, adjoint du colonel, tentera de gagner Calais et Dunkerque dans l’espoir d’y retrouver le reste du Régiment.

Arrivé à hauteur du cap Gris-Nez, le 23 mai au matin, ce détachement se trouve arrêté à Audinghem. La route de Calais est barrée par l’ennemi. Peu après, celle de Boulogne est coupée à son tour. Le capitaine FROIDEVAUX pressent l’encerclement et décide de tenir sur place. Tous les hommes du détachement sont rapidement armés car de très nombreux soldats français et alliés en déroute se débarrassent sans coup férir de leurs armes.

La BHR prend de la consistance ; commandée par le capitaine FROIDEVAUX, encadrée par les lieutenants SCHMIT et FRAUDEAU, elle est forte de 60 hommes, armés de fusils français, belges ou anglais et d’un FM comme armement collectif.

À Audighem se trouve le PC du capitaine de corvette DUCUING commandant une poignée de marins du sémaphore du cap Gris-Nez. Il dispose d’un canon de 37 et de 2 mitrailleuses lourdes. Le capitaine FROIDEVAUX, en se mettant sous ses ordres, lui apporte un renfort appréciable.

L’unité ainsi constituée rassemble une centaine d’hommes en comptant de plus des soldats isolés, l’équipage d’une AMC tombée en panne et laissée sur place.

Le 24, des autos-mitrailleuses (AM) ennemies prennent le contact. L’une d’elles, touchée d’un coup de 25 qui la traverse au moment où elle fait demi-tour est abandonnée par son équipage. Ses armes de bord et son moteur intact constituent une bonne prise que le lieutenant Schmidt ramène dans nos lignes. Outre un drapeau à croix gammée, elle renferme une mitrailleuse, des mitraillettes, des grenades à main et des mines antichars.

De plus, l’AM allemande permet de remorquer la française en panne, pour la placer dans une position défensive plus appropriée.
En fin de journée, l’étreinte allemande qui s’accentue oblige le capitaine de corvette DUCUING à resserrer son dispositif en se repliant jusqu’au sémaphore. Là se trouvent quelques défenses fixes, un réseau de barbelés. Les mines anti-char allemandes sont mises en place.

Le 25 au matin, vers 06h30, les Allemands lancent une attaque en règle avec une quarantaine de blindés sur le sémaphore qui est écrasé sous le feu.

Les pièces de 25 et de 37 du commandant DUCUING ripostent, beaucoup d’engins ennemis sont touchés. Mais à 11 heures les munitions s’épuisent, on se bat à la grenade. Le sémaphore tombe. Le commandant DUCUING, atteint d’une balle en pleine tête ne survivra pas à la prise de son poste de combat. Quant au lieutenant FRAUDEAU, grièvement blessé pendant l’action, il succombe quelques instants plus tard. La BHR n’est plus.

24 mai

Le 35e RAD se déplace le 24 mai de la région de Bailleul, village où l’a retrouvé le lieutenant-colonel JOUBERT, en direction de Bergues à 36 kilomètres au nord ouest.

Seules, restent en position, à l’est de l’Aa au nord de Saint-Omer, les 2 pièces de la 4e Batterie en position depuis la veille. Le dispositif s’organise : le général BARTHELEMY, commandant le secteur fortifié des Flandres, prend le commandement des éléments accrochés à l’Aa. Ce sont surtout des éléments de la 21e DI : le 137e RI.au complet, le 1er Bataillon du 65e RI et un ½ bataillon du 48e RI. Un front s’organise de Gravelines à Watten. Mais l’ennemi manque de mordant et se contente d’une attaque au nord de Bourbourg qui bouscule le 2e Bataillon du 137e RI et crée une poche de 2 km de profondeur dans le dispositif.

25 et 26 mai

Dans la nuit du 24 au 25, une contre-attaque se prépare pour combler la poche laissée à l’ennemi. Le 35e est mis en batterie y compris les batteries du 235, le plan de feu est préparé. À 7h00 l’opération est déclenchée ; les fantassins du 137 sont accompagnés par la 5e Batterie, qui marche avec les éléments de tête. En deux heures la position est rétablie. Mais le capitaine TRIVIDIC, commandant la 5e Batterie, est grièvement blessé et doit être évacué. Son adjoint, le lieutenant BRUNET, bien que blessé lui aussi, prend le commandement de la batterie.

Toute la journée du 25, puis du 26, le 35 appuie de ses feux le 137e à Watten. Toutes les tentatives ennemies pour franchir le canal de l’Aa sont avortées les unes après les autres. Malgré la largeur du front occupé par le 137e, celui-ci parvient à tenir jusqu’à la fin de la journée du 26. La situation s’aggrave sur la gauche du dispositif, le 2e Bataillon du 65e RI est enfoncé.

Le 2e Groupe commandé par le chef d’escadron Lavergne est envoyé d’urgence en renfort dans la nuit, avec la 2e Batterie et deux batteries de 155 du 235e RA.

Simultanément, le 3e Groupe est engagé à Bourbourg contre un ennemi venant de l’ouest.

27 mai

Journée difficile pour le 2e Groupe du chef d’escadron Lavergne ainsi que pour les deux batteries de 155 du 235 qui appuient le 2e Bataillon du 65e RI. L’ennemi a passé l’Aa à Watten et il attaque en force. Les feux de l’artillerie le contiennent. Cependant l’infanterie est obligée de céder du terrain. Par échelons successifs de batterie, les positions d’artillerie reculent peu à peu elles aussi, ne décrochant qu’au dernier moment.

Au cours du repli, les deux batteries de 155 du 235e RA. sont perdues, n’ayant pu décrocher à temps. Le 35e quant à lui ne perd aucune pièce de 75.

Alors qu’il fait face à l’ouest devant Watten le matin, le 35 se retrouve face au sud le soir, au nord du canal de la Colme. Le lieutenant Duranceau, grièvement blessé, est resté aux mains de l’ennemi.

Sur le front du 137, la situation est tout aussi critique ; l’artillerie est uniquement composée du 3e Groupe du 35e et de 2 batteries du 235. L’infanterie a vu ses rangs décimés pendant les deux jours de combat précédents et l’ennemi poursuit ses actions. Vers 14 heures, il arrive à percer entre les 2e et 3e Bataillons, qu’il encercle à Cappelsbrouck. La « bretelle » alors mise en place, tient.
Le 27, au lever du jour, comme cela est précisé dans le JMO du 3e Groupe, l’artillerie ennemie pilonne soigneusement les positions occupées, … la veille ; les moqueries vont bon train, mais le réajustement des tirs en fin de matinée ramène rapidement les 8e et 9e Batteries à la réalité.

À midi, la situation devient préoccupante : l’encerclement de Bourbourg se poursuit par le nord et les lisières sud-ouest. A 5 kilomètres au sud-ouest, Looberghe est aux mains des Allemands…

À 12 heures, Bourbourg est encerclé aux deux tiers lorsque le 3/35 reçoit l’ordre de quitter ses positions et d’envoyer :

  • en priorité, une section antichar au nord-est, aux lisières de Craywick, pour agir face à l’ouest, et une batterie antichar pour tenir le noeud de canaux et les ponts de Coppenaxfort, en laissant jusqu’au soir les deux pièces isolées mises à la disposition du bataillon Couhe ;
  • les pièces restantes aux lisières sud de Craywick pour continuer à appuyer l’infanterie.

Le mouvement s’effectue sans encombre, de jour, par pièce isolée. Les ordres pleuvent et dans la soirée, le groupe fait mouvement sur Spycker à 10 kilomètres au sud-ouest de Dunkerque, laissant en position à Coppenaxfort, à la disposition du 137e d’Infanterie, la section de la 9e Batterie commandée par le sous-lieutenant Delattre. Le 35e RA doit se replier mais les deux batteries de 155 du 235 ne peuvent décrocher à temps et sont prises par l’ennemi.

En fin de journée, la 68e DI vient relever fantassins et artilleurs. Seul le sous-lieutenant DELATTRE reste sur place avec une section de la 9e Batterie en position antichar à Coppenaxfort.

Du 28 au 30 mai

À partir du 28 c’est la 68e DI qui prend à son compte la défense face à l’ouest, mais immédiatement le général BARTHELEMY aux ordres du général FALGADE, commandant le 16e CA, doit faire face à la menace venant du sud. Le 2e Bataillon du 65 appuyé par le 2e Groupe du 35 contient l’ennemi sur le canal de la Colme à l’ouest de Bergues. Mais il faut étendre la défense plus à l’est, le 137e RI et le 3e Groupe du 35e sont d’abord poussés dans les Moëres. L’inondation provoquée par l’ouverture des écluses permet le contrôle de la zone sans plus d’effort ; les éléments sont alors ramenés à Teteghem.

Pendant ce regroupement, les restes de la 1ère Armée française affluent du sud, dirigés sur Dunkerque où le personnel doit être embarqué. Les véhicules et les canons sont détruits par régiments entiers. Les munitions sont abandonnées… pour le plus grand bonheur du 35 qui n’en manquera pas jusqu’à la fin des combats.

1er et 2 juin

À partir du 31 mai, la tête de pont de Dunkerque est fixée par l’ennemi de toutes parts. Le 3e Groupe appuie toujours le 137e RI à Teteghem ; le 2e Groupe appuie un régiment dit « Z » formé à partir de bataillons de divers régiments : 48e RI, 31e RI, 407e RI, 14 et 15e RI, mais dans cet amalgame c’est le bataillon du 48e RI de la 21e DI qui supporte l’effort principal. L’ennemi se fait de plus en plus mordant.

Le 2 juin au matin une contre-attaque est lancée avec l’appui de quelques chars Hotchkiss, derniers éléments des 1ère et 2e DIM. Une partie de la journée, l’infanterie se maintient, mais en fin de journée elle doit à nouveau céder du terrain. Le 3e Groupe, en batterie dans Téteghem doit se replier sur 2 km plus au nord parvient à se replier sans déplorer de perte, grâce au sang-froid de l’ensemble du personnel.

3 juin : dernier jour de résistance

Depuis 4 jours le 35e RAD couvre les embarquements dans le port de Dunkerque. Il faut encore tenir toute la journée jusqu’à la nuit. Et à partir de 23 heures, les derniers défenseurs pourront embarquer à leur tour. L’étreinte de l’ennemi s’est resserrée. Pour se donner de l’air, une nouvelle contre-attaque est lancée dès le matin, sans donner de résultat probant.

L’ennemi quant à lui concentre son effort sur Téteghem. Les défenses du 137e RI sont transpercées. Devant le 2e Groupe, au sein du régiment « Z », la situation est aussi critique.

À 16h30, l’ennemi, progressant toujours, oblige le chef d’escadron LAVERGNE, commandant le 2e Groupe, à faire un bond de 2 km vers le nord. Il se met en position à Rosendael le long du canal de Furnes.

A droite du 2e Groupe, la 68e DI est elle aussi enfoncée. Le sous-lieutenant DELATTRE, détaché auprès de cette division depuis le 27 mai avec une section de la 9e Batterie occupe une position antichar dans la région de Bourbourg. Dans la journée du 3 juin, il tire plus de 300 coups, à découvert, sur tout ce qui se présente. Vers midi ses 2 pièces, pilonnées par l’ennemi, finissent par être détruites ; il tombe au combat, une balle en pleine tête.

Mais, c’est devant le 3e Groupe que la situation est la plus critique. Le 137e RI, à Téteghem, est assailli de toutes parts. A midi, le colonel Menon, chef de corps, rend compte que l’ennemi accède à son PC et que personne ne se replie, le 137e est anéanti.

Le 3e Groupe se retrouve alors seul face à l’ennemi pour tenir encore 10 heures, jusqu’à 22 heures. Devant les batteries s’étend un champ de tir «école» : une vaste plaine de 2 km de profondeur sans relief ; au fond Téteghem.

Les pièces sont à défilement de canon, et il suffit de monter sur un monticule de 2 mètres pour dominer tout le panorama. Les obus à balles, tirés fusants bas font leur effet et maintiennent le champ de bataille vide à 2 km à la ronde. Pour sa dernière journée, le 35e RA réalise ses plus beaux tirs d’artillerie. C’est en vain que les batteries ennemies cherchent à le faire taire. Le lieutenant-colonel Joubert est blessé, le lieutenant Espana commandant la 8e Batterie également ; il doit être évacué. Et les 75 continuent leur besogne. L’ennemi qui a pris Teteghem à midi ne peut en déboucher, et lorsque le 35e RA tire ses dernières salves avant de faire sauter ses pièces, c’est à peine si quelques éléments légers, armés de mitraillettes, sont arrivés jusqu’à proximité de ses positions.

À 23 heures tout est terminé ; le personnel en bon ordre se replie vers les plages d’embarquement, fier d’avoir rempli sa mission et d’avoir protégé jusqu’au bout les embarquements qui durent depuis plus de 4 jours.

Lorsque le 35e RA se présente à son tour vers minuit sur les plages pour embarquer, il constate que de nombreuses unités attendent encore leur tour pour embarquer. Il n’y a plus aucune embarcation.

Le jour du 4 juin se lève sur le désolant spectacle de 60 000 hommes massés sur les plages d’une mer vide jusqu’à perte de vue, juste parsemée d’épaves.

Le lieutenant-colonel Joubert se rend au PC du corps d’armée pour se renseigner sur la situation ; dans la nuit le général Fayalde commandant le 16e CA a été le dernier à quitter la position avec le général Barthelemy commandant le secteur fortifié des Flandres. A ses hommes rassemblés, il conseille de tout faire pour éviter une captivité imminente.

On cherche à remettre en état des barques échouées et criblées d’éclats d’obus.

Le capitaine de la Ronsière commandant la 6e Batterie met à flot une petite barque à voile en compagnie du lieutenant Bussiaux commandant la 2e Batterie, mais les vents et les flots sont contraires, ils ne peuvent sortir du port. L’ennemi, posté à quelques mètres sur le rivage invite par de grands gestes l’équipage à se rendre. Le capitaine de la Ronsière poursuit ses efforts pour fuir. Il est abattu d’une rafale de mitrailleuse, et la barque poussée par la houle ramène sa dépouille ainsi que le lieutenant Bussiaux sur la côte.

Deux autres barques gréées d’une voile de fortune sont également jetées sur la côte.

Plusieurs soldats cherchent à s’enfuir par les terres ; l’un après l’autre, ils tombent entre les mains de l’ennemi. Seuls parviennent à échapper à la captivité : Le capitaine Roussilhe, qui a réussi à faire dépanner une barque à moteur et emmène avec lui le capitaine Dalsace, les lieutenants Gortais et de Breon, quelques hommes et le colonel Raugel commandant l’AD 21.

C’est tout ce qui subsistera du 35e RAD après ce désastre sur Dunkerque.

Sur les 61 officiers que comptait le Régiment le 10 mai, après 15 jours de combat (du 20 mai au 2 juin) :

7 ont été tués et 9 blessés
Chef d’escadron HAYE Lieutenant-colonel JOUBERT
Capitaine ENJOURBAULT Capitaine TRIVIDIC
Capitaine de LA RONSIERE Lieutenant BERTHEUIL
Lieutenant BELVERT Lieutenant ESPANA
Lieutenant BEZAUT Lieutenant GIRARD
Lieutenant FRAUDEAU Lieutenant TORTAT
Sous-lieutenant DELATTRE Sous-lieutenant DURANCEAU
Sous-lieutenant LE GUERN
Sous-lieutenant LE MENACH

Après Dunkerque

Même si quelques actions ont permis au 35e RAD de s’illustrer durant les jours sombres de l’Occupation il ne pourra contribuer que très faiblement à la résistance contre l’ennemi, ayant tout donné pendant la bataille de Dunkerque.

Le lieutenant Espana, grièvement blessé le 3 juin et libéré par les Allemands, entre aussitôt dans les mouvements de résistance. Il sera fait « compagnon de la Libération » en 1945.

Le capitaine de la Blanchardière, adjoint au capitaine du 2e Groupe jusqu’au printemps 1940, prend à cette date les fonctions d’adjoint au commandant de l’AD 21.

Grièvement blessé à Gravelines le 23 mai, évacué et rapatrié en France libre, il coopère à la Résistance. Arrêté par les Allemands, il meurt suite aux sévices qui lui sont infligés.

L’esprit de résistance anime également les nombreux prisonniers emmenés par les Allemands dans leurs geôles. De nombreuses tentatives d’évasion ont lieu mais les mesures de surveillance sont rigoureuses et bien peu aboutissent. Parmi les officiers, seul le lieutenant Demais réussit cet exploit. Il rentre à Nantes où il s’engage immédiatement dans les mouvements de résistance.

Le lieutenant Brunet ajoute son nom à la liste des officiers du 35e RAD morts pour la France. Après deux tentatives d’évasion ratées, il parvient à prendre le large une troisième fois mais repris par les Allemands, il est exécuté. Tel est le récit des faits les plus marquants de l’action du 35e RAD au cours de la Seconde Guerre mondiale.

« Mourir en chantant » telle est la devise du Régiment qui fut suivie à la lettre par tous les artilleurs du 35.

La Bretagne, petite patrie de la plupart des hommes du Régiment, a donné au 35e des artilleurs résistants et tenaces. Ils ont résisté non seulement au feu mais aussi aux camps de prisonniers du Reich.

Dès leur arrivée dans les stalags, les bretons sont triés et mis à part ; l’ennemi sollicite et attend de leur part un geste de soumission, en leur promettant la liberté et le retour près des leurs. Mais c’est en vain que l’ennemi fait ces avances. Les bretons du 35e ne fléchissent pas. Ils payeront de 5 ans de captivité cette opiniâtreté ! Nul doute par ailleurs que ceux d’entre eux qui ont pu échapper à la captivité ont poursuivi la lutte contre l’ennemi au sein de la Résistance.

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