La 1ère campagne de Tunisie (1881-1888)


Dans sa volonté de protéger la frontière algérienne et de contrer les ambitions italiennes, Jules Ferry décide l’occupation de la Régence de Tunisie. Une première campagne d’avril à mai 1881 soumet les tribus de Mohamed Es Saddok et se conclut par le traité de Kassar Saïd le 12 mai et la convention de la Marsa qui impose le protectorat français en Tunisie. Le corps expéditionnaire est dissous le 1er juillet 1881. Aussitôt les tribus se soulèvent et des renforts doivent être acheminés dans le nouveau protectorat.

Sept ans après sa création, le 14 juillet 1881, alors que le Régiment est en campagne de tir à Meucon avec les canons de 90 de Bange modèle 1877, les 9e Batterie du capitaine Dubuisson et 10e Batterie du capitaine Nolens sont désignées pour participer à la campagne de Tunisie.

Ces deux batteries reçoivent l’ordre de se réorganiser en batterie de montagne. Elles arrivent à Toulon le 21 juillet pour embarquer. Elles perçoivent chacune 6 canons de montagne de 80 mm, mulets et équipements adaptés. Ces canons ont une portée de 4100 mètres et vont asseoir la supériorité des colonnes françaises face aux charges désordonnées des Kroumirs.

Censées opérer dans des secteurs différents, elles embarquent séparément. La 10e Batterie arrive le 3 août en rade de Tunis et fait mouvement vers le sud dès le lendemain. Elle appuie par 300 coups de canons 3 bataillons d’infanterie durant son déplacement par Carthage, Khadeb, Zi Mahedia jusqu’à Zaghouan leur lieu de bivouac. Des patrouilles légères d’une valeur de 1 ou 2 compagnies sont constituées pour assurer la protection de la zone sur un rayon de 15 kilomètres autour du bivouac. Les sections à deux pièces, détachées auprès de chaque patrouille, font fuir l’ennemi dès qu’elles ouvrent le feu.

Du 4 au 18 octobre 1881, les patrouilles s’alourdissent. Constituées d’un bataillon et d’une section d’artillerie à 3 pièces, elles étendent leur rayon d’action (défilé de Foum Krarouba à 100 kilomètres au sud-est de Tunis). Chaque sortie donne l’occasion aux sections de tirer quelques salves.

Le 28 octobre toutes les sections sont regroupées avec la 10e Batterie du 9e RA pour appuyer une colonne de 3 bataillons qui doit rejoindre Kairouan, la ville sainte de Tunisie, en passant par Djibinina, Nabbart, Bir El Beg. La colonne bivouaque à Kairouan le 23 octobre, et effectue jusqu’au 11 novembre des patrouilles légères sans accrochage sérieux.

Le 12 novembre la colonne renforcée par 5 bataillons rejoint Gabès qu’elle atteint le 30 et la batterie y séjourne jusqu’au 21 décembre, date à laquelle elle part pour rejoindre Sousse en passant par Sfax, Djener et Monastir. Elle s’installe à Sousse jusqu’en avril 1882, date de son retour vers Vannes.

Le séjour de la 9e Batterie sera beaucoup plus long. Elle débarque à Gabès le 25 juillet 1881 avec les 14e  78e et 107e d’infanterie de ligne. Toutes ces unités établissent leur campement à Ras El Oued, à quelques kilomètres d’oasis tenus par des tribus hostiles.

Du 30 juillet au 30 novembre la batterie va participer par section de 2 ou 3 pièces, à des opérations de pacification des oasis de Menzel, Djarah et Sghira. La stabilité de la zone n’est instaurée qu’en novembre, après la neutralisation des rebelles retranchés dans ces oasis.

Le 1er décembre 1881, la division Logerot que la batterie a rejoint au grand camp de Ras El Oued monte une opération de grande envergure. Une colonne lourde est formée, comprenant 6 bataillons, 2 escadrons de hussards, 1 section de munitions, 1 section d’ambulanciers, 1 compagnie de génie et un gros détachement d’intendance.

Cette colonne entreprend une marche vers le Sud en passant par El Kamma, El Merteha, El Zerraoua, Tamezret, Djoualich. Arrivée à Ksar Oued Debbab (à proximité de Tatahouine), elle remonte vers le nord sans avoir rencontré d’adversaires, ceux-ci refusant le combat en fuyant. Elle atteint la région de Mareth et de Kettana le 21 décembre après un déplacement épuisant. Le 23, elle est de retour à Ras El Oued où elle séjourne jusqu’au 6 mars 1882.

Du 9 au 30 mars la 9e Batterie participe à des patrouilles incessantes destinées à marquer la présence française. Ces détachements, constitués par une ou plusieurs compagnies, sont toujours accompagnés de sections à 2 ou 3 pièces.

Le 30 mars 1882, la brigade Sabathier entreprend une nouvelle patrouille lourde dont la composition est identique à la précédente. Elle s’enfonce dans le sud en bivouaquant souvent et effectuant de nombreuses patrouilles plus légères à partir de camps sommaires. Elle rejoindra Ras El Oued le 18 juin 1882.

La brigade Sabathier connaîtra une longue période de repos de juin à décembre 1882. Ensuite, naissent de nouveaux troubles, et une nouvelle colonne est constituée pour protéger les dissidents désirant rejoindre leur foyer.

Cette colonne sillonnera le pays afin de rallier à leurs causes les notables de nombreux villages et de tribus. Elle sera de retour à Ras El Oued en février 1883, où elle séjournera jusqu’en décembre 1883.

Entre temps la 9e Batterie, maintenue au sein de l’artillerie divisionnaire du lieutenant-colonel Condé est devenue le 7e Batterie.

En avril, la batterie rejoint Sousse où sont regroupées toutes les batteries de Tunisie. Elle séjournera en Tunisie jusqu’en septembre 1887. Victimes d’une épidémie de typhoïde en Avril 1885, 11 artilleurs mourront.

En juillet, elle gagne Tunis où elle embarque pour la France et rejoint le 10e RA à Grenoble.

L’appui de l’artillerie fut, pendant cette période tunisienne, fort apprécié. Chaque brigade était systématiquement dotée d’une batterie, prélevée sur les régiments stationnés en France. la moindre patrouille de bataillon ou de compagnie était accompagnée à chacune de leurs sorties d’une section de 2 ou 3 pièces.

La dureté du terrain représentait la principale difficulté. Les déplacements s’effectuaient par étapes journalières de 15 kilomètres. Le besoin de mobilité de ces colonnes exigeait un chargement léger. L’acheminement des munitions était donc au cœur des préoccupations des artilleurs détachés auprès de ces unités.

Les déplacements des grandes colonnes se faisaient toujours selon le même dispositif : un bataillon d’infanterie en avant-garde, un sur chaque flanc garde et un en arrière garde. Les pièces les plus lourdes suivaient de près l’avant garde, l’artillerie en faisait partie, se tenant toujours prête à tirer à vue directe avec 2 pièces, voire une seule. L’accent était mis sur la rapidité d’exécution du tir dont l’impact était déterminant sur le moral de l’adversaire.

L’artillerie française montant à la casbah (1881).

Lectures complémentaires :

Previous Mot du Président (juin 2020)
Next La garnison de Vannes (1881-1914)

No Comment

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code