L’entre-deux-guerres : 1919-1939


Après l’Armistice, moins heureux que d’autres, le Régiment ne connaîtra ni les réceptions triomphales en Alsace et en Lorraine, ni la satisfaction de fouler le sol du vaincu ; il rentre en France pour aider les populations à panser leurs blessures.

Pendant cette période, il est réorganisé. Son 3e Groupe est dissous et absorbe le 3e Groupe du 28e d’Artillerie. Le Régiment prend provisoirement l’appellation de : « Régiment de marche 35/28e RAC ».

Le 9 août 1919, il reprend le nom de « 35e Régiment d’Artillerie de Campagne » en adoptant l’organisation suivante :

1er groupe de 75 1ère et 2e batteries (ex : 1ère et 2e Bies du Rgt 35/28)
2e groupe de 75 4e et 5e batteries (ex : 4e et 5e Bies du Rgt 35/28)
3e groupe de 75 7e et 8e batteries (ex : 3e et 6e Bies du Rgt 35/28)
5e  groupe de 155 C 13e et 14e batteries (ex : 22e et 23e Bies du VIII/III RAL)
6e groupe de 155 C 16e et 17e batteries (ex : 24e Bie : 6/III RAL et 22e Bie : 28e RA)

Il rejoint la garnison de Vannes entre le 13 et le 18 août 1919.

Il est envisagé à cette époque de lui adjoindre un 4e groupe de 75 (10e et 11e batteries provenant de l’Armée du Rhin), projet qui ne verra pas le jour.

Le 1er mai 1920, le 6e Groupe de 155 court est dissous. Les ressources provenant de ce groupe sont réparties entre les quatre autres groupes.*De 1921 à 1923, la vie de garnison reprend ses droits et la vie du Régiment est rythmée par les manœuvres aux camps de Meucon et de Coëtquidan entre marches, écoles à feu et manœuvres au profit de la 22e Division et du 11e Corps d’Armée.

En 1924, la 22e Division est dissoute, le 35e RA est transféré à la 21e Division le 1er janvier 1924 simultanément, le 6e Groupe est recréé avec les 16e et 17e Batteries qui proviennent des 7e et 8e Batteries du 110e RAL.

Du 11 au 29 août le Régiment est à Coëtquidan. Il effectue marches, manœuvres et écoles à feu.

De 1925 à 1933, notamment pendant la période estivale, bien que les activités de préparation opérationnelle du Régiment se déroulent essentiellement au polygone de Meucon et au champ de manœuvre de Coëtquidan, il participe aussi à des manœuvres interarmées « Guerre-Marine ».

En octobre, le 3e Groupe de 75 devient « groupe cadres » pour leur formation et ses batteries sont dissoutes.

C’est une période caractérisée par un certain immobilisme, notamment sur le plan militaire, domaine touché de plus par la rigueur budgétaire qui s’impose après guerre. Et très tôt, les prémices de la ligne Maginot apparaissent dans la presse :

Il nous faut donc, tant qu’un équilibre certain des nations ne sera pas établi, tant que, sur la frontière nouvelle, une cuirasse moderne de défenses passives et actives ne protégera pas le sol national, un système d’artillerie parfaitement étudié et réalisé, en vue du rendement maximum cette fois, quel que soit le genre de guerre ; rendement maximum, non seulement comme tir, mais aussi comme transport et comme puissance de débit en un temps donné.

Le 1er janvier 1934, le régiment prend l’appellation de 35e Régiment d’Artillerie Divisionnaire. Ses effectifs augmentent suite à la transformation et au rattachement de la 11e Compagnie autonome d’ouvriers d’artillerie qui devient 1ère Compagnie d’ouvriers du 35e RAD.

Citroën “Kégresse” tractant un canon de 75 (Afrique du Nord).

La motorisation de l’artillerie progresse et le canon de 75 mm en dotation au 35e RAD. subit de nombreuses modifications. Tracté par un véhicule chenillé Citroën-Kégresse, le canon de 75 mm 97 – 33 à flèche ouvrante est monté, soit sur un train rouleur à pneumatiques disposant d’une suspension, soit directement sur pneumatiques. Les roues blindées peuvent pivoter et forment alors un bouclier derrière lequel s’abritent les servants. Toutefois, une grande partie de l’armement et des moyens du Régiment sont encore hippomobile et le resteront durant la campagne de France.

Entre manœuvres et revues, l’entraînement et l’instruction constituent les principales activités du régiment entre 1934 et 1939, interrompues lors des crises majeures comme la remilitarisation de la Rhénanie en 1936, la crise des Sudètes ou l’Anschluss en 1938. À chaque fois, le personnel est rappelé et le Régiment prend ses quartiers d’alerte.

De 1932 à 1935, le Régiment est commandé par le colonel BABRON qui est le premier chef de corps a avoir fait toute sa carrière au 35e d’Artillerie.


Le colonel BABRON

La carrière du colonel Joseph BABRON présente deux particularités assez singulières pour un officier de l’armée française : la première est d’avoir servi exclusivement au 35e Régiment d’Artillerie stationné à Vannes et la seconde résulte de son attachement pour cette ville qui le poussera même à refuser sa nomination au grade de général et à prendre sa retraite sur place. Marié à une jeune fille du terroir, il aura quatre enfants dont le premier, après une brillante carrière militaire, terminera général.

Né le 15 avril 1876 à Brest, Joseph BABRON choisit la carrière militaire et est affecté au 35e d’Artillerie comme lieutenant en 1901. Il ne le quittera plus désormais.

En 1903, il sert sous les ordres du colonel FOCH qui marquera profondément le jeune officier. Plus tard, lui vouant une totale admiration, il appliquera nombre de ses préceptes dans ses différents commandements. Durant la Grande Guerre, il participe à tous les combats comme capitaine commandant une batterie, puis au sein de l’état-major du Régiment. Sa belle conduite au feu lui vaudra plusieurs citations et la croix de chevalier de la Légion d’Honneur. De retour à Vannes, Joseph BABRON est nommé chef d’escadron en 1921 et devient un conseiller précieux pour les chefs de corps qui se succèdent et un exemple pour les jeunes officiers qui sont affectés au 35e RAC. Dix ans plus tard, en 1931, il est promu lieutenant-colonel et commandant en second du 35e RAC.

Puis en 1934, après 33 ans de présence ininterrompue au Régiment, il en devient le chef de corps.

Sous son commandement, les artilleurs de Vannes s’entraînent d’arrache-pied et déjà se préparent pour un conflit qu’il pressent inévitable. Dans la continuité du colonel FOCH, il impose le respect strict du règlement. Son intégrité unanimement reconnue et son éthique n’admettent aucun écart. Ainsi, une anecdote rapporte qu’il admonesta son fils, lieutenant, qui servait dans son régiment, pour sa tenue fantaisiste devant les autres officiers. Son temps de commandement se termine en 1936. Peu de temps après, il quitte le service actif mais demeure proche du Régiment. Aux heures sombres de l’occupation, il sera le premier à soustraire le glorieux étendard du 35e RA aux envahisseurs.

Il sera présent au temps de la victoire et, lors de l’inauguration d’une plaque rappelant le souvenir du maréchal Foch en 1946, convaincu d’un avenir incertain, il déclarera : « De notre Histoire se dégagent toujours la grandeur de la Patrie et la mission des hommes. L’âge qui commence exigera de nous du courage. N’attendons donc pas demain, ni le repos ni la facilité : c’est en marchant que nous panserons nos blessures ».


Composition du 35e RAD à la date du 1er janvier 1935

 

ÉTAT-MAJOR

  • Colonel BABRON (chef de corps)
  • Lieutenant-colonel DUHIL DE BENAZE (Adjoint)
  • Chef d’scadron MOREL (Major)
Adjudants majors Capitaine NERON DE SURGY

Lieutenant CROIZE

Trésorier Capitaine QUINTIN
Chargé du matériel Capitaine LE DAIN
Instructeur Capitaine HAYE
Transmissions Capitaine CRESPIN
Médecins Commandant LAZERGES

Capitaine GLEIZE

Vétérinaires Commandant JEAN (détaché à Nantes)

Capitaine BLANCHARD

Directeur du parc Capitaine GUEDON

 

1er Groupe : Chef d’escadron TREBOUS

1ère Batterie Capitaine DE KERGUIZIOU

Capitaine DE KERVASDOUE

Lieutenant CLAVIER

Lieutenant DELATOUCHE

2e Batterie Capitaine HAMONIC

Lieutenant BERSIHAND

 

2e Groupe : Chef d’escadron POTIRON DE BOIFLEURY

4e Batterie Capitaine LE CHALONY

Lieutenant CUZON

Sous-lieutenant GUILLERMO

5e Batterie Capitaine DE BOISHAMON

Lieutenant BASSET (détaché aviation)

Lieutenant LE MASNE

 

3e Groupe Cadres : Capitaine BADOUARD

 

5e Groupe : Chef d’escadron FOURNIER

13e Batterie Capitaine MARIE

Lieutenant ROBERT

Sous-lieutenant TEYTARD

14e Batterie Capitaine LE MOING

Lieutenant PRIGENT

Lieutenant DOUMENACH

 

6e Groupe : Chef d’escadron TAVERNIER

16e Batterie Capitaine NOULLET

Lieutenant DE GUIBERT

Lieutenant CELERIER

17e Batterie Capitaine GUYOMARD

Lieutenant THOMAS

 

1ère compagnie d’ouvriers : Capitaine POULET


Citroën P17 Kégresse

L’autochenille Citroën-Kégresse P17 est un véhicule à propulseur Kégresse adopté en 1929 par l’armée de Terre pour mécaniser son artillerie tractée de 75 mm.

Après le succès des expérimentations menées en 1928 avec les Citroën-Kégresse P7bis, l’armée française décide d’adopter un semi-chenillé pour tracter l’artillerie de 75 mm. Le véhicule est un châssis de Citroën C4 auquel est adapté un ensemble de chenilles.

L’équipement s’effectue en plusieurs tranches à partir de 1929, du premier modèle P10 rebaptisé P17 A au P17 E. Ces cinq versions sont dotées au fur et à mesure de moteurs plus puissants, qui leur confèrent une vitesse plus élevée. Elles équipent les régiments d’artillerie de campagne jusqu’à l’arrivée des Citroën/Unic P107. Un total de 1 442 exemplaires est recensé en . Les P17 sont ensuite transférées aux unités motorisées pour tracter les 47 mm modèle 1937 et 25 mm modèle 1938 et 1939, des activités qu’elles effectueront jusqu’en . Ces véhicules se révèlent trop lents pour la lutte antichar, leur manque de vitesse les laissant souvent à découvert face aux réactions de l’ennemi durant la bataille de France.

Plusieurs Citroën-Kégresse P17 participent à la Croisière jaune du  au  et à la Croisière blanche du  au .

Caractéristiques

Mise en service 1929
Équipage 5 passagers
Longueur  4,38 m
Largeur 1,69 m
Hauteur 2,09 m
Masse au combat 1 850 kg (en ordre de marche) / 700 kg (charge utile)
Moteur 4 cylindres, 1 625 à 1770 cm2, essence
Puissance 30 à 31,5 ch
Vitesse sur route 26 à 32 km/h

 

 

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